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La compétitivité du ferroviaire en danger, selon le patron de SNCF Réseau

La compétitivité du ferroviaire en danger, selon le patron de SNCF Réseau
Le PDG de SNCF Réseau Patrick Jeantet à Paris, le 26 février 2018Eric FEFERBERG

Le PDG de SNCF Réseau, Patrick Jeantet, souligne dans un entretien à l'AFP l'impérieuse nécessité de réduire les coûts pour assainir les comptes de l'entreprise et permettre au secteur ferroviaire de défendre sa position par rapport à d'autres modes de transports.

Le gestionnaire des voies ferrées françaises est célèbre pour sa dette abyssale, de 46,6 milliards d'euros fin 2017, et qui ne cesse de s'accroître. Il lui manque actuellement 1 milliard par an pour faire face aux dépenses, tandis qu'il doit acquitter 1,5 milliard de frais financiers.

Pour M. Jeantet, les grandes discussions en cours pour la redéfinition du modèle ferroviaire français, sur fond de mouvement social des cheminots, ne sont "pas seulement une question d'arbitrage entre la charge que l'Etat prend et la charge que l'entreprise prend. C'est aussi un problème de compétitivité du secteur ferroviaire".

Il faut selon lui casser d'urgence "l'inflation ferroviaire", la hausse des coûts du secteur, actuellement supérieure à 2% par an.

"Si l'on continue avec l'inflation ferroviaire, dans 20 ans, le ferroviaire aura un gros problème vis-à-vis des autres modes. Surtout si eux sont productifs. Surtout si certains d'entre eux deviennent plus vertueux écologiquement", dit-il, pointant la voiture électrique.

"Il nous faut absolument produire moins cher, parce que c'est comme ça qu'on pourra rester compétitif par rapport aux autres modes. C'est ça qui est important", souligne M. Jeantet.

"Et en plus, évidemment, ça nous permettra d'avoir un modèle financier soutenable", ajoute le patron de SNCF Réseau.

Et de préciser sa pensée: "Soutenable, ça veut dire, à terme, plus de recettes à travers plus de trains. Il faut qu'on bascule dans un système où il y a plus de trains sur nos lignes, et il faut basculer dans ce cercle vertueux si l'on veut véritablement régler nos problèmes financiers à long terme."

Pour que SNCF réseau devienne plus efficace, il cite "trois leviers" qui s'ajoutent aux mesures de productivité devant s'appliquer à toute la SNCF: une meilleure organisation du travail, une optimisation des achats et un volet technologique.

- maintenance préventive -

Sur ce dernier point, il veut en particulier introduire une bonne dose de maintenance préventive des infrastructures grâce à des capteurs permettant d'alerter ses équipes juste à temps.

Patrick Jeantet veut aussi accélérer la rénovation du réseau ferré, qui "a sur sa partie classique 30 ans de retard accumulé par du sous-investissement drastique".

"J'ai demandé des investissements supplémentaires", note-t-il, alors que budget alloué à cette rénovation atteint cette année 2,7 milliards d'euros.

"Pour l'instant, ce que le gouvernement nous avait promis, c'était de monter à 3 milliards en 2020, mais on s'aperçoit que si on veut vraiment rattraper le retard, en particulier sur la caténaire et la signalisation, il faut plus que ça", dit-il, évoquant "quelques centaines de millions" supplémentaires.

"Ca fait partie des discussions qu'on a avec le gouvernement, bien sûr", dit Patrick Jeantet, de même que la partie recettes: une nouvelle modulation des péages --dont la hausse annoncée devrait être plus modérée-- et la part du bénéfice de SNCF Mobilités reversée sous formes de dividendes à Réseau.

Quant à la fameuse reprise d'une partie de la dette par l'Etat, M. Jeantet reste évasif: "Je ne peux pas vous dire aujourd'hui de combien il convient de réduire la dette. C'est au gouvernement de le dire."

"Le critère est simple" précise-t-il pourtant: "Quel est le critère soutenable pour une société anonyme, demain, sachant qu'on aura un certain nombre d'investissements, notamment de rénovation, à prendre en compte?"

"Ce qui est positif", ajoute-t-il, "c'est que le fait que SNCF Réseau devienne une société anonyme implique que la dette soit traitée", car "un taux d'endettement de 24 fois l'Ebitda (excédent brut d'exploitation, ndlr) n'est clairement pas un taux soutenable pour une société anonyme".

Il convient donc, explique-t-il, de choisir le bon ratio et de calculer une trajectoire en estimant quels seront les coûts et les ressources disponibles, et en planifiant les investissements nécessaires.

"Le but c'est évidemment qu'après cette réforme, et après cette reprise partielle de la dette, le modèle financier soit soutenable dans le temps long. Il ne s'agit pas que dans trois ou quatre ans, on recommence la même histoire!"

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