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Le grand conglomérat industriel, modèle en bout de course? Pas partout

Le géant allemand de l'acier ThyssenKrupp se scinde, le mastodonte américain General Electric s'enfonce dans la crise, son concurrent Siemens n'en finit pas de se réorganiser... Le modèle du grand conglomérat industriel a-t-il vécu?

Pas forcément: ce type d'entreprise diversifiée et employant des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes, correspond à "une phase donnée du développement des nations industrialisées", selon Dominique Barjot, professeur en histoire économique à la Sorbonne (Paris). Ce qui explique son déclin dans les pays développés, et au contraire sa persistance dans des économies émergentes.

Q: A quand remontent les difficultés des conglomérats industriels?

R: Le modèle a connu son apogée dans les décennies 70 et 80, aux États-Unis bien sûr, mais aussi en Europe occidentale et au Japon. Le tournant se fait dans les années 90, quand le passage à une régulation par le marché pousse les groupes à engendrer des profits plus élevés en se spécialisant, pour rémunérer mieux leurs actionnaires. De bons exemples sont des groupes comme (les français) Saint-Gobain ou Lafarge dans les matériaux de construction, qui se sont recentrés sur leurs activités les plus rentables, là où ils avaient un leadership mondial. Les pays du sud-est asiatique ont aussi été ébranlés, dès la crise de 1997, qui aboutit à démembrer ou au moins à affaiblir le système des grands conglomérats multi-spécialisés. Au Japon on peut citer l'exemple de Mitsubishi ou Mitsui, et en Corée du Sud Hyundai ou Daewoo.

QUESTION: Les pays développés sont-ils davantage concernés?

REPONSE: Oui, car la structure conglomérale est très mal adaptée à des pays à haut niveau de vie et à coût élevé de main d’œuvre, dans lesquels la seule façon de se défendre contre la concurrence internationale est d'investir massivement dans les secteurs de pointe. Il y un autre élément qui a joué pour la remise en cause de ces grands conglomérats, c'est la montée des pays émergents. Les conglomérats, en dispersant en quelque sorte leurs investissements, n’étaient pas en mesure de prendre des positions massives dans ces pays. Les scissions sont le résultat d'une recherche de rationalité dans un objectif de profits. Toute évolution positive a aussi son revers et il faut bien dire que la remise en cause des grands conglomérats s'est accompagnée souvent de résultats désastreux sur le plan de l'emploi.

QUESTION: Cela explique aussi pourquoi les conglomérats résistent mieux dans les pays émergents?

La Chine par exemple, où les niveaux de vie sont beaucoup plus bas à l'intérieur du pays que dans les régions côtières, a pu opérer des délocalisations sur son propre territoire pour relancer ses profits. La résistance du modèle du conglomérat s'explique aussi par le fait que beaucoup plus de branches sont rentables du fait de l'expansion du marché, ce qui est le cas en Chine, mais aussi en Inde. On peut citer aussi le Brésil, la Russie, l'Afrique du Sud, ou même le Nigeria. Aujourd'hui le marché mondial du ciment est en train d'être remis en cause par la montée des cimentiers chinois mais aussi par un groupe nigérian qui est l'un des plus grand du monde (Dangote Cement NDLR).

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