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Le Zimbabwe est-il capable d'attirer les investisseurs?

"Le Zimbabwe est ouvert au business", répète sans cesse le président Emmerson Mnangagwa, fraichement élu. Mais attirer des investisseurs dans un pays isolé à l'inflation galopante, aux infrastructures défaillantes et la sécurité judiciaire chancelante, n'est pas une mince affaire.

"Nous voulons sauter des étapes (leapfrog) et rattraper d'autres pays en développement", a souligné Mnangagwa, vendredi lors d'un de ses premiers discours après son élection du 30 juillet.

Ancien bras droit de Robert Mugabe resté près de 40 ans pouvoir, Mnangagwa est arrivé à la présidence à la faveur d'un coup de force de l'armée en novembre mais veut croire que son élection dès le 1er tour avec 50,8% des voix va lui apporter légitimité et confiance au niveau international.

Il promet "un nouveau départ" pour "construire un nouveau Zimbabwe pour tous" mais il faudra probablement plus que des mots pour renverser la mauvaise image du pays.

- Désastre des années 2000 -

Au début des années 1980, à l'arrivée de M. Mugabe à la tête de l'ancienne Rhodésie, le Zimbabwe semblait être un pays prometteur avec une économie stable, des atouts agricoles et des ressources naturelles.

Mais la réforme agraire avec l'expropriation des fermiers blancs au début des années 2000 a fait s'écrouler la production agricole sans être compensée par la baisse du chômage escompté. Le reste de l'économie s'est aussi effondré. La crise est devenue durable avec une inflation incontrôlée qui a conduit à l'impression de billets de banques à douze chiffres...

"Le Zimbabwe a tellement écorné sa réputation ces dernières décennies que peu de gens le regardaient. Mais l'intérêt a toujours été là", estime Robert Besseling, de la société d'intelligence économique Exx Africa.

Le sous-sol, avec la deuxième plus grande réserve de platine mondiale mais aussi des diamants ou du charbon, suscite de nombreuses convoitises.

L'agriculture jadis florissante peut aussi renaitre alors que les entreprises salivent déjà sur les perspectives d'un marché local de 16 millions d'habitants.

La semaine dernière, les "vacances" au Zimbabwe du milliardaire chinois Jack Ma, fondateur d'Alibaba, a d'ailleurs fait naitre toutes sortes de fantasmes dans la presse étatique qui y a vu une visite d'affaires et une recherche d'opportunités...

- Chômage impressionnant -

Le Zimbabwe peut devenir "un pays avec une classe moyenne haut de gamme" dans une dizaine d'années, estime Hafez Ghanem, vice président pour l'Afrique de la Banque mondiale.

Toutefois, beaucoup d'investisseurs, rendus frileux par la gouvernance sous la présidence Mugabe, sont toujours refroidis par les problèmes économiques et politiques.

M. Mnangagwa, malgré son insistance à dire que la page est tournée, reste associé à l'ancien régime et ses dérives: corruption, partialité de la justice, bureaucratie, infrastructures vieillissantes ou obsolètes...

Des millions de Zimbabwéens ont fui un pays où le chômage officiel avoisine 90% (des chiffres qui ne prennent pas en compte le secteur informel).

Charles Laurie du groupe de réflexion Verisk Maplecroft souligne toutefois que M. Mnangagwa s'est montré plutôt bon dans ses efforts pour séduire la communauté internationale et les investisseurs ces derniers mois.

Le président a ainsi revu la loi obligeant les entreprises étrangères à céder au moins 51% de leurs parts à des locaux et offert des compensations aux fermiers blancs expropriés. Des gages de bonne volonté évidents.

Néanmoins, la répression policière des derniers jours avec la mort d'au moins six personnes et de nombreuses arrestations rappellent l'ancien régime.

"Ce rapide retour à l'utilisation de la violence peut ébranler des investisseurs qui avaient déjà une confiance limitée en Mnangagwa et cherchaient son vrai visage", nuance M. Laurie.

Le président doit faire face à d'importants problèmes de trésorerie: en raison d'arriérés de 1,7 milliard de dollars envers la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), le pays n'a plus accès aux bailleurs de fonds qui attendent qu'ils paient ses dettes.

Les grandes entreprises désirant bénéficier de marchés publics (BTP, eau, électricité) savent que le client n'est pas forcément solvable.

La problème de la monnaie semble aussi une grande montagne à gravir. Le pays qui a tenté de juguler l'hyperinflation avec le recours au dollar en 2009, jongle désormais avec des "billets d'obligation", en théorie valant autant que le billet vert mais qui ont donné naissance à un marché noir où il vaut un tiers de moins.

"Pour des investisseurs attentifs aux risques, les pays voisins proposent un environnement plus sûr et plus attractif", estime M. Laurie, qui reste optimiste: "Etant donné le gros potentiel, on verra de grands succès à l'horizon 2028"

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