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Les Européens, sidérés, mobilisent pour empêcher Trump d'imposer la loi du plus fort

Désorientés par les coups de boutoir de Donald Trump, les Européens se préparent à défendre leurs intérêts et tentent de mobiliser les grands acteurs économiques mondiaux pour empêcher le président américain d'imposer la loi du plus fort dans les relations transatlantiques, selon des analystes.

"Chaque fois que je pense à Trump, je suis perdu". Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a résumé le sentiment partagé dans l'Union européenne après la décision des Etats-Unis d'imposer des tarifs supplémentaires de 25% sur les importations d'acier et de 10% sur celles d'aluminium en provenance de l'Union européenne, du Canada et du Mexique.

"L'attaque frontale de Trump contre l'Union européenne brouille les pistes et provoque l'incompréhension", observe Elvire Fabry, de l'Institut Jacques Delors.

- Bras de fer -

Les Européens s'étaient certes préparés à cette hypothèse, mais il avaient commencé à croire qu'ils allaient bénéficier d'une exemption permanente parce qu'ils sont des amis et les alliés traditionnels de l'Amérique.

"Donald Trump méprise les Européens", soutient Judy Dempsey, responsable du blog de Carnegie Europe, un centre de réflexion européen.

"Tout ce qui est cadre multilatéral l'encombre", explique Elvire Fabry.

"La gouvernance mondiale ne figure pas parmi les priorités des États-Unis. Seuls les accords bilatéraux, fondés sur un calcul transactionnel de leurs avantages directs et immédiats pour les États-Unis, sont considérés comme des moyens précieux pour protéger l'intérêt national américain", renchérit l'ex-commissaire européen italien Ferdinando Nelli Ferroci, président de l'Instituto Affari Internazionali (IAI).

"Cette rhétorique et ces approches ont contribué à l'élection de Trump", rappelle-t-il.

"Elle lui a permis d'engranger des concessions de l'Argentine et de la Corée du sud", note Elvire Fabry.

"Le président américain menace de bloquer le système de règlement des différends de l'OMC, clef de voute de la réglementation internationale, et l'Union européenne, dans sa réaction, doit éviter de le pousser à s'affranchir davantage du cadre multilatéral", avertit la chercheuse, spécialiste en politique commerciale.

D'où la plaidoirie de la Commission européenne: "au moment où les Américains tournent le dos à tout ce qui ressemble à du multilatéralisme, nous devons être là. Tous mes interlocuteurs me le demandent", a soutenu jeudi soir Jean-Claude Juncker.

Même s'il ne s'agit pas de rompre avec Washington.

L'UE a décidé de réagir pour "défendre ses intérêts", mais "nos mesures seront raisonnables, proportionnées et complètement conformes aux règles et obligations de l'OMC", a promis vendredi la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, aux côtés du ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, à Bruxelles.

"L'Union européenne n'est en guerre avec personne", a-t-elle affirmé.

Les Européens ont néanmoins saisi l'OMC contre les taxes américaines et "contre les transferts injustes de technologies" des entreprises européennes actives en Chine.

La double démarche simultanée intrigue au moment où l'UE cherche à sauver le multilatéralisme et à mobiliser tous les grands acteurs économiques pour défendre l'OMC contre Donald Trump.

Elle "démontre que l'UE ne choisit aucun camp", répond la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström. "Si les acteurs de ce monde ne respectent pas les règles, alors le système risque de s'effondrer", s'inquiète-t-elle.

- L'UE joue sa crédibilité -

Les Européens misent sur une mise en échec de la stratégie de Donald Trump.

"C'est la deuxième fois que je vois les Etats-Unis quitter un accord multilatéral conclu à l'unanimité. A l'avenir qui va vouloir conclure un accord avec eux s'ils reprennent leur parole ?", a confié à l'AFP le commissaire à l'Energie, Miguel Arias Canete, lors de son récent déplacement à Téhéran, citant l'accord sur le climat et celui sur le nucléaire avec l'Iran.

De fait, l'UE joue aussi sa crédibilité dans ce nouveau bras de fer avec Wahington. "Les Européens sont-ils capables de ne pas plier face aux intérêts américains et d'accepter d'affronter les conséquences de la politique américaine ? Les Iraniens ont un doute. Je crois que le sujet est crucial et va déterminer le rôle de l'Union européenne", a jugé le commissaire espagnol.

Si certains Européens songent à s'émanciper d'un partenariat de plus en plus compliqué, d'autres hésitent à affronter les Américains.

"Les Etats-Unis ne sont plus un partenaire fiable", soutient Angela Merkel. Mais la position de la chancelière ne fait pas l'unanimité. La Pologne est montée plusieurs fois au créneau pour appeler ses partenaires à "ne pas obérer les relations transatlantiques", selon des diplomates à Bruxelles.

Le sommet de l'Otan les 11 et 12 juillet à Bruxelles s'annonce "tendu", prédit Elvire Fabry. "La notion même d'allié risque d'être mise en question".

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