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Malagar, la maison des Mauriac en Gironde, fait peau neuve

Malagar, la maison des Mauriac en Gironde, fait peau neuve

Une grosse fissure dans la cuisine, une tenture déchirée, un mur qui penche... le domaine girondin de Malagar, où François Mauriac passait ses vacances, a entamé deux ans de travaux de rénovation du chai puis de la maison de l'écrivain bordelais.

Au sein d'un parc de quatre hectares, la maison de l'écrivain (1885-1970) achetée par son arrière-grand-père forme un U avec ses deux chais du XVIIIe et domine les vignes alentours de Saint-Maixant, à 40 minutes au sud de Bordeaux.

"Je n'y habite que durant trois mois de l'année, mais c'est le temps où je me ressemble le plus", écrivait le journaliste en 1951 dans son "Bloc-notes". Il y venait à Pâques et pendant les vendanges.

Près de 70 ans plus tard, sa maison lui ressemble toujours avec "l'odeur de cire et réséda" dans la salle à manger, des journaux de 1966, des lampes, un tourne-disque, des portraits de famille... et son bureau sur lequel il a tant écrit. Le prix Nobel de littérature n'avait qu'à tourner la tête pour voir les vignes et l'allée de peupliers qu'il a fait planter.

Après des restaurations en 1996 pour le chai du rouge et le bâtiment agricole, le temps grignote la maison du XIXe siècle aux fondations fragiles tout comme le chai des blancs, promis à devenir un lieu de médiation scolaire, de spectacles et de conférences.

Deux vieux pressoirs sont les seuls témoins du passé viticole du domaine qui possédait 14 ha de vignes jusqu'à ce que les enfants Mauriac les vendent. En 1985, ils donnent les bâtiments et le parc à la région pour le centenaire de la naissance de leur père.

"Le chai du blanc était le plus urgent, les murs menaçaient de s'effondrer. Il y a un problème du sol avec un terrain très argileux et peu de fondation. On a de gros problèmes de fissuration", explique Delphine Gramaglia, architecte du patrimoine.

- Garder l'âme des Mauriac -

Dans le cuvier, les cloisons doivent être refaites. Elles avaient été construites du temps du poète pour y aménager son bureau et à l'étage deux chambres, dont une fut occupée pendant la Seconde guerre mondiale par un officier allemand.

Une fois le chai terminé, le mobilier de la maison y sera entreposé pendant la durée des travaux qui commencent en novembre pour remplacer des tentures, restaurer le réseau électrique, injecter des résines dans les fondations de la maison.

Le plus gros défi? Garder l'âme des Mauriac patinée par les ans et restée intacte depuis sa mort: "On a un vécu qu'on doit absolument conserver. On va faire des patines de vieillissement pour avoir l'impression qu'on n'est pas intervenu sur le bâtiment. Ce sera la grosse difficulté", estime l'architecte.

Car l'auteur de "Thérèse Desqueyroux", roman en partie rédigé à Malagar, y a laissé une grande empreinte, s'inspirant des lieux pour y écrire une atmosphère toujours présente aujourd'hui: la cuisine "fumeuse" et les vignes décrites dans "La chair et le sang" ou la chambre de Louis dans "Le noeud de vipère" qui est celle des époux Mauriac.

Au total, les travaux débutés en octobre devraient coûter 2,8 millions d'euros. "L'idée, c'était de ne pas en faire un musée, le mettre sous cloche mais de le faire vivre avec des débats intellectuels...", note le président de la région Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset.

Ils vont permettre "d'augmenter la capacité d'accueil et les manifestations de Malagar (...) et de profiter des dernières technologies numériques", souligne-t-il, en proposant une visite virtuelle de la maison pendant la durée des travaux et à ceux qui ne peuvent se rendre sur le site.

Ouvert à tous, le centre François Mauriac poursuivra normalement cette année ses manifestations culturelles, à commencer par l’événement phare: les Vendanges de Malagar dont le thème des conférences pour cette 21e édition est ancré dans d'actualité: "Choisir ou subir ?".

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