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Matches truqués dans le tennis: "une centaine de personnes" concernées par l'enquête belge

Matches truqués dans le tennis:
TennisGreg Wood
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Une centaine de joueurs et entraîneurs visés, dont une quinzaine en France: l'enquête partie de Belgique sur des matches truqués dans les petits tournois, qui a secoué cette semaine le tennis français, ne fait peut-être que commencer.

D'après le parquet fédéral belge, à l'origine de ces chiffres, l'enquête touche au moins sept pays (Bulgarie, Slovaquie, Allemagne, Pays-Bas, France, Etats-Unis et Belgique) et concerne "un groupe très structuré d'Europe de l'Est, qui agit depuis la Belgique et s'est spécialisé dans les matches de tennis", selon le porte-parole de l'institution, Eric Van Duyse.

A sa tête, Grigor S., un homme surnommé le "Maestro", présenté comme un Belge d'origine arménienne de 28 ans, le seul des six inculpés côté belge à être en détention provisoire.

Les corrupteurs "se sont concentrés sur des matches aux enjeux réduits, où il est plus facile de corrompre et de tricher", a ajouté le porte-parole du parquet. Exemple type de ces tournois où les gains avoisinent les 1500 euros pour le vainqueur, celui de Bressuire (Deux-Sèvres), marqué mardi matin par l'interpellation de deux des quatre joueurs français interrogés en garde à vue et relâchés mercredi.

- "30.000 euros sur 4 ans" -

Parmi eux, Mick Lescure, dont L'Equipe a publié jeudi des extraits de P.V. où il reconnaît les faits. Selon ses avocats, Me Karim Beylouni et Antoine Semeria, le joueur de 25 ans se voit reprocher d'avoir perçu 30.000 euros de gains sur quatre ans "pour avoir accepté de perdre des sets, des jeux, des tie-breaks".

Dans son cabinet parisien, Me Beylouni a dénoncé l'"extrême violence" de l'affaire pour un joueur inconnu, qui peine à joindre les deux bouts, appelant aussi à respecter la présomption d'innocence et se disant très réservé sur le terme d'"aveux".

"Les conditions de son interpellation, au cours d'un tournoi alors qu'il vit en France, qu'il a une adresse (...), le fait que quelques heures après la fin de sa garde à vue, ses premières déclarations recueillies en l'absence d'un avocat par quatre policiers se soient retrouvées dans la presse, qu'il figure en Une du quotidien sportif (...) relèvent d'une évidente mise en scène", a dénoncé l'avocat.

La précarité des joueurs pros de bas niveau qui peinent à percer et leur fragilité face à la corruption est une question posée de longue date dans le tennis.

- Asie -

"Quand vous êtes 500e ATP, quand vous gagnez le Smic c'est que vous avez déjà fait une belle saison (...) Les joueurs les plus fragiles sont les plus exposés et visiblement rien n'est fait pour les protéger", a expliqué Me Beylouni.

"J'imagine tout à fait qu'un sportif à qui on propose de l'argent, qui va gagner une mise dix fois plus importante que ce qu'il aurait gagné en gagnant son match (...) ça peut être tentant", a aussi convenu la ministre française des Sports, Roxana Maracineanu, elle-même ancienne nageuse de haut niveau, lors d'une visite vendredi à l'Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel).

Pour autant, si elle a appelé à "réfléchir avec le mouvement sportif, avec les fédérations, sur une meilleure distribution des primes", elle est restée prudente sur ce chantier, insistant aussi sur la prévention auprès des sportifs.

L'autre point noir, c'est l'absence de régulation et de limites dans certaines zones du monde. Ainsi, la loi française n'autorise les paris que sur les tournois ATP et ceux du Grand Chelem, mais rien n'empêche de parier sur des tournois français de petite catégorie dans d'autres pays, a rappelé vendredi le président de l'Arjel, Charles Coppolani, en soulignant que "les problèmes viennent largement de l'Asie".

Face au fléau, la coopération s'organise entre les Etats, majoritairement européens. Notamment au sein du "groupe de Copenhague", qui réunit 22 pays dont la France, et qui permet aux enquêteurs et aux régulateurs de s'échanger des informations et des alertes en temps réel.

L'Espagne avait de son côté annoncé il y a une semaine avoir démantelé un réseau de trucage de matches, lui aussi dirigé par des Arméniens, et procédé à l'arrestation de 83 personnes. Ce réseau soudoyait des joueurs de tennis évoluant sur les circuits ITF Futures et Challenger, soit les niveaux inférieurs au circuit ATP.

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