Primeurs de Bordeaux: le millésime 2017 atypique à cause du gel

Primeurs de Bordeaux: le millésime 2017 atypique à cause du gel
La degustation des vins primeurs de Bordeaux dans un salon de réception à Saint-Emilion, le 2 avril 2014JEAN-PIERRE MULLER
Consommation

Blancs secs et vins liquoreux de qualité, rouges plus nuancés : atypique en raison du gel printanier dévastateur, le millésime 2017 devrait réserver de belles surprises aux 6.000 critiques et distributeurs internationaux qui se retrouvent lundi pour la semaine des primeurs des vins de Bordeaux.

Durant cette semaine des primeurs, organisée par l'Union des grands crus de Bordeaux (UGCB), négociants, importateurs, journalistes du monde entier, principalement chinois, mais aussi anglais, suisses, allemands et américains, viennent goûter et noter ces vins... s'ils arrivent à venir malgré les grèves des transports ferroviaire et aérien.

Ces primeurs, système de vente unique au monde, permettent à quelques centaines de grands crus bordelais de vendre via des négociants, leur vin à un prix normalement moindre que lors de leur mise sur le marché deux ans plus tard.

Le système leur apporte aussi une trésorerie non négligeable étant donné qu'ils vendent en général 80% de leur production durant cette période jusqu'à juin.

"C'est le terroir qui parle en 2017, avec une hétérogénéité malheureusement induite par le gel. Quand on a pu faire du vin avec les vignes qui ont été gelées, le résultat était globalement insuffisant. Dans les endroits où ça n'a pas gelé, c'est hétérogène", résume Axel Marchal, maître de conférences à l’Institut des sciences de la vigne et du vin dans la banlieue bordelaise.

Ainsi, dans le Médoc, le nord a été épargné, Margaux un peu moins, Listrac et Moulis ont été localement dévastés. Les Pessac-Léognan ont été plus ou moins touchés tandis que la rive droite, où se trouve Saint-Emilion, a "beaucoup souffert", note ce consultant, après deux années consécutives où la qualité et la quantité étaient au rendez-vous.

- "Aromatiques superbes" -

Selon les premières dégustations qui ont commencé fin mars, "les blancs s'avèrent très aromatiques, frais, riches et mûrs", selon cet universitaire. "Beaucoup ont des équilibres de rêve pour des vins blancs secs. On a fait de grands blancs en 2017, meilleurs qu'en 2016 et 2015", estime-t-il, soulignant que "les rouges sont globalement fruités, correctement colorés, équilibrés et savoureux sans être des monstres de puissance."

Quant à Sauternes, "c'est un joli millésime. Les vins liquoreux sont riches et puissants mais ils manquent parfois de fraîcheur", selon M. Marchal.

Même si une minorité de propriétés sur les 6.000 que comptent le bordelais sont concernées par ces primeurs, des dizaines d'événements autour des dégustations officielles de l'UGCB permettent de découvrir les vins bio, en biodynamie, les Fronsac ou encore les appellations satellites de Saint-Emilion. Des consultants très connus organisent également des dégustations des vins qu'ils conseillent.

Toutes ces appellations ont souffert du gel, certaines propriétés ont été épargnées tandis que d'autres n'ont rien pu récolter ou bien de qualité tellement faible que plusieurs domaines n'ont pu présenter de vin aux primeurs, comme le château Camensac où 60 à 100% des parcelles ont gelé.

D'autres, malgré une faible quantité, tirent leur épingle du jeu en s'adaptant aux conditions climatiques. Dans l'appellation Pessac-Léognan, le château Latour-Martillac a mis moins de merlot, cépage qui a souffert du gel d'avril, dans ses assemblages. Pour le château Malartic-Lagravière, où ont lieu des dégustations en primeurs, un grand travail de sélection des grappes a notamment permis, malgré de petits volumes, d'obtenir des vins avec "un fruit éclatant et des aromatiques superbes".

Pour un millésime qui a connu un gel comparable à 1991, "c'est un millésime meilleur que 1991, selon un connaisseur des grands crus bordelais, le bon côtoie le moins bon". Question prix, la tendance est à la baisse. 2017 est de "très très bonne qualité, mais pas exceptionnel comme 2015 et 2016, selon le négociant bordelais Jean-Pierre Rousseau, directeur général de Diva, les prix devraient être à la baisse".

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