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Renault: feu vert à un nouveau mandat de Ghosn, qui nomme un dauphin

Renault: feu vert à un nouveau mandat de Ghosn, qui nomme un dauphin
Carlos Ghosn le 1er mars 2016 à GenèveFABRICE COFFRINI

Le conseil d'administration de Renault a donné jeudi son feu vert à un nouveau mandat de PDG de Carlos Ghosn qui a parallèlement nommé un numéro deux, conformément au souhait de l'Etat français de le voir préparer sa succession.

De son côté, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a indiqué à l'AFP que M. Ghosn avait accepté une diminution de 30% de son salaire, un motif de tension récurrent dans le passé avec l'Etat actionnaire, qui avait encore l'année dernière voté contre une résolution sur la rémunération totale du PDG (7,25 millions d'euros).

"Le conseil d'administration a décidé de proposer le renouvellement du mandat d'administrateur de Monsieur Carlos Ghosn qui sera soumis à l'Assemblée générale des actionnaires le 15 juin", a indiqué Renault dans un communiqué diffusé en soirée.

Soulignant les "résultats exceptionnels" obtenus sous M. Ghosn par l'entreprise, qui doit diffuser vendredi ses comptes pour 2017, le conseil d'administration, lui a "également renouvelé sa pleine confiance", selon la même source.

Les administrateurs ont fixé "trois objectifs prioritaires" pour le prochain mandat de quatre ans: "piloter les enjeux stratégiques du Plan Drive the Future", qui vise un chiffre d'affaires de 70 milliards d'euros en 2022 contre un peu plus de 50 en 2016, "engager les étapes décisives permettant de rendre l'Alliance pérenne" et "renforcer le plan de succession à la tête du Groupe Renault".

L'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi constitue un groupe aux équilibres complexes, entre intérêts français et japonais. Il repose aujourd'hui en grande partie sur la personnalité du dirigeant franco-libano-brésilien.

En outre, Carlos Ghosn, qui dirige Renault depuis 2005 et aura 64 ans en mars, a décidé, "après avoir reçu l'avis favorable du Conseil d'administration, de nommer Monsieur Thierry Bolloré aux fonctions de Directeur Général Adjoint Groupe, à compter du 19 février 2018", selon le texte diffusé à l'issue de la réunion du conseil.

Arrivé en 2012 chez Renault, M. Bolloré, 54 ans, en était jusqu'ici directeur délégué à la compétitivité.

M. Bolloré "connaît bien l'industrie, il connaît bien Renault, il a montré qu'il était capable de bien travailler avec les Japonais (...) évidemment, l'un des critères les plus importants c'est sa capacité à contribuer à la performance de l'entreprise", a déclaré M. Ghosn jeudi soir à l'AFP.

- Identité de vue -

L'Etat français, qui détient 15,01% du capital de Renault et 21,93% des droits de vote, insistait de longue date pour créer ce poste de numéro deux. Celui-ci aurait vocation à succéder ultérieurement M. Ghosn.

Le gouvernement n'avait pas caché sa volonté de voir un Français nommé à ce poste. Il s'inquiète notamment pour la pérennité de l'alliance et son ancrage français.

L'actionnaire public réclame aussi une feuille de route sur l'avenir de l'alliance, devenue le premier constructeur automobile mondial l'an dernier avec 10,6 millions de véhicules vendus.

"La priorité pour l'Etat, c'est la consolidation de l'alliance entre Renault et Nissan. Cette alliance doit être désormais gravée dans le marbre pour garantir la pérennité du premier constructeur mondial", a précisé M. Le Maire à l'AFP.

M. Ghosn n'a pas dit autre chose: "il me tient à coeur que la succession se passe bien à la tête de Renault", a-t-il affirmé à l'AFP, souhaitant aussi que l'alliance "constitue "une sorte de turbo pour la performance de chacune des entreprises, et surtout qu'elle soit pérenne".

Renault possède 43,4% de Nissan, qui détient lui-même 15% de Renault et 34% de Mitsubishi, dont il est premier actionnaire. L'alliance aux dix marques partage une large base industrielle commune, comparable à celle d'un groupe intégré, tout en conservant pour chaque entreprise une gouvernance propre.

M. Ghosn cumule les fonctions de président du conseil d'administration de Mitsubishi et de Nissan, tout en étant PDG de Renault et de l'Alliance.

L'Etat souligne la qualité de son bilan. Le groupe Renault, à lui seul, a affiché des ventes record (3,76 millions de véhicules) l'an dernier.

Le choix de M. Bolloré semble cependant avoir provoqué une certaine ébullition au sein des instances dirigeantes. Le directeur à la performance, l'Allemand Stefan Mueller, considéré comme un concurrent sérieux pour le poste, a annoncé mercredi son départ, officiellement pour raisons de santé.

Et l'ancien patron de Total, Thierry Desmarest, administrateur chez Renault, a annoncé mardi qu'il quittait ses fonctions pour des raisons "exclusivement d'ordre personnel et d'âge".

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