Rolls-Royce applaudi par le marché après sa lourde restructuration

Rolls-Royce applaudi par le marché après sa lourde restructuration
L'usine du motoriste Rolls-Royce à Derby, dans le centre de l'Angleterre, le 30 novembre 2016Paul ELLIS

Le groupe industriel britannique Rolls-Royce s'attirait les faveurs du marché après l'annonce d'une lourde restructuration et de milliers de suppressions d'emplois qui lui permettent d'être plus optimiste sur ses objectifs financiers.

L'optimisme affiché sur ses prévisions reléguait au second plan l'épine dans le pied que constitue un coûteux problème technique sur ses moteurs du Boeing 787.

Le titre du motoriste s'envolait de 9,04% à 962,60 pence vers 09H50 GMT, atteignant un plus haut en trois ans, dans un marché en baisse.

Il avait déjà engrangé 6,54% la veille, après avoir annoncé la suppression de 4.600 emplois administratifs sur deux ans, surtout au Royaume-Uni.

Vendredi, lors d'une journée dédiée aux investisseurs et aux analystes, Rolls-Royce a estimé dans un communiqué que compte tenu de ces mesures drastiques, il était "bien placé" pour dépasser sa prévision d'un flux de trésorerie de 1 milliard de livres d'ici 2020.

Cet indicateur est crucial dans le secteur industriel et est scruté par le marché puisqu'il témoigne de la santé financière d'un groupe et de sa capacité à dégager suffisamment de liquidités, notamment pour investir.

L'objectif de la restructuration annoncée jeudi "est de nous permettre d'améliorer le retour sur investissement, d'élever nos marges et d'augmenter notre flux de trésorerie afin de continuer à investir dans l'avenir", explique le groupe.

Rolls-Royce estime qu'il pourra faire, grâce à ce plan, des économies de 400 millions de livres par an à partir de la fin 2020.

Le fabricant de réacteurs pour Airbus et Boeing, en difficultés depuis quelques années et qui n'en est pas à sa première restructuration, avait déjà décidé en janvier une réorganisation en trois pôles: aéronautique, défense et systèmes de propulsion et d'énergie.

- "De zéro à héros" -

"La confiance du directeur général, Warren East, et de son équipe fait suite à une décennie passée à investir massivement dans l'aéronautique civile afin de construire une position de premier plan pour ses moteurs", rappelle Russ Mould, analyste chez AJ Bell.

Les objectifs désormais ambitieux montrent que "le groupe a fait du bon travail en montrant ce qu'une trésorerie plus confortable signifiait pour les actionnaires sur le long terme", selon lui.

De meilleures finances sont synonymes de hausse du cours de l'action, voire d'un dividende plus élevé, même si M. East a refusé d'assimiler les suppressions d'emplois à des licenciements boursiers. "L'objectif n'est pas de donner de l'argent aux actionnaires mais de construire une organisation top niveau", avait-il déclaré jeudi.

Rolls-Royce a par ailleurs confirmé vendredi que les inspections sur ses moteurs d'avions Trent 1000 équipant l'avion long-courrier Boeing 787, affectés par des problèmes techniques, lui coûteraient plus cher que prévu.

Il chiffre le coût supplémentaire à 100 millions de livres, ce qui va porter la charge totale pour 2018 à 440 millions de livres, y compris d'autres interventions déjà annoncées sur le Trent 900 qui équipe le très gros porteur Airbus A380. Le groupe précise toutefois avoir entrepris des mesures d'économies, distinctes du plan de restructuration, afin de compenser l'impact de ce problème de moteurs sur ses comptes.

Rolls-Royce a constaté que des compresseurs de ses moteurs Trent 1000 s'épuisaient plus vite que prévu et lancé une série de tests. Il a depuis développé une nouvelle pièce à durée de vie plus longue, qui pourrait être installée sur les moteurs concernés à partir de la fin de l'année.

Pour Joshua Mahony, analyste chez IG, "Rolls-Royce est passé de zéro à héros auprès des investisseurs alors qu'ils mettent de côté les problèmes de moteurs" grâce aux mesures de redressement proposées.

Le motoriste faisait autrefois partie du même groupe que le célèbre constructeur de voitures de luxe Rolls-Royce mais les deux entités ont été séparées au début des années 1970 et constituent désormais des entreprises complètement indépendantes. Le constructeur d'automobiles appartient au groupe allemand BMW.

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