Ryanair lance une réorganisation après une année 2018 difficile

Ryanair va se réorganiser afin de gagner en efficacité, avec aux manettes pour cinq ans de plus son emblématique patron Michael O'Leary qui va tenter de redresser les comptes affectés par une forte concurrence en Europe.

La compagnie irlandaise à bas coûts a surpris lors de la publication lundi de ses résultats pour le troisième trimestre en dévoilant une nouvelle organisation qu'elle doit adopter d'ici 12 mois.

Le transporteur se composera désormais de quatre compagnies, Ryanair DAC en Irlande, Ryanair UK au Royaume-Uni, Laudamotion en Autriche et Ryanair Sun en Pologne.

Ces filiales auront chacune leur propre directeur général et leur équipe de direction. Ryanair explique vouloir passer à une structure similaire à celle du groupe aérien IAG, qui abrite plusieurs grandes compagnies comme British Airways et Iberia.

L'objectif est d'avoir un fonctionnement plus efficace, de réaliser des économies de coûts et de pouvoir faciliter des acquisitions de petite taille, telle que celle de Laudamotion, dont la compagnie a pris le contrôle en 2018.

Michael O'Leary reste aux manettes mais devient directeur général du groupe Ryanair et abandonne son poste de patron de Ryanair DAC. Il a par ailleurs donné son accord pour effectuer un nouveau mandat de cinq ans à la tête de la société jusqu'en juillet 2024 au plus tôt.

Le maintien à la tête du groupe de M. O'Leary, qui avait laissé planer le doute sur la durée d'un nouveau mandat, doit permettre d'accompagner cette transformation et donner de la visibilité aux actionnaires, selon Ryanair.

Cette nouvelle structure "va probablement mettre de la distance entre l'homme et les syndicats", ce qui "n'est pas une mauvaise chose compte tenu des relations tendues avec eux", souligne Russ Mould, analyste chez AJ Bell.

Le président du conseil d'administration de la compagnie, David Bonderman, va quant à lui passer la main à l'été 2020 et sera remplacé par Stan McCarthy.

Ryanair annonce ces changements au moment où il traverse une mauvaise passe financière, illustrée par la publication d'une perte nette de 20 millions d'euros lors la période d'octobre à décembre, soit le troisième trimestre de son exercice comptable 2018-2019.

- Paré pour le Brexit -

La compagnie souffre d'une concurrence effrénée sur le segment du court-courrier en Europe, ce qui l'a conduite à baisser fortement ses prix, réduisant mécaniquement ses marges.

Elle craint que la pression à la baisse sur les prix se poursuive jusqu'à l'été et s'attend à ce que ce contexte tendu pousse ses concurrentes à fermer des bases voire que certaines fassent faillite, à la lumière des difficultés récentes de Flybe ou de Norwegian.

Cette perte est "décevante" mais "elle est entièrement due à des tarifs aériens plus faibles que prévu de manière à ce que nos clients profitent de prix qui n'ont jamais été si bas", souligne Michael O'Leary.

Le prix moyen d'un vol a reculé de 6% pour se situer à moins de 30 euros. Le nombre de passagers transportés a lui progressé de 8% à 33 millions, pour un chiffre d'affaires en hausse de 9% à 1,53 milliard d'euros.

Ryanair n'a pas touché à sa prévision de bénéfice pour l'exercice, après deux avertissements sur résultat. Il table sur un bénéfice net compris entre 1,0 et 1,1 milliard d'euros, soit une nette baisse par rapport au 1,45 milliard enregistré en 2017-2018.

"Ryanair panse ses plaies après une année 2018 difficile entre un renforcement de la concurrence qui a tiré vers le bas les prix et des dépenses en hausse afin de rémunérer davantage son personnel", résume George Salmon, analyste chez Hargreaves Lansdown.

Le groupe a augmenté le salaire de ses pilotes pour calmer un vaste conflit social, dont il est sur le point de sortir et qui a été marqué par une série de grèves de son personnel principalement au second semestre de 2018.

Ces résultats ne rassuraient pas le marché. Le titre du groupe chutait de 4,76% à 10,90 euros vers 10H10 GMT à la Bourse de Dublin.

Ryanair, qui espère atteindre les 200 millions de passagers par an d'ici 2024, réitère enfin ses craintes sur le Brexit.

Il s'est préparé à un possible divorce sans accord en obtenant un certificat aérien au Royaume-Uni et en prévoyant si besoin d'avoir un actionnariat majoritairement en provenance de l'UE pour conserver le droit de faire voler ses avions à l'intérieur du continent.

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