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Ryder Cup: une passion cyclique

Ryder Cup: une passion cyclique
Le trophée de la Ryder Cup fait étape à Milwaukee (Wisconsin), le 22 août 2018, dans son tour du monde avant la compétition en FranceStacy Revere

Près d'un milliard de téléspectateurs sur trois jours, joueurs et supporteurs survoltés dans une ambiance parfois digne d'un stade de football... La Ryder Cup déclenche tous les deux ans une frénésie unique dans le monde du golf, un monde d'ordinaire policé.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cet engouement cyclique pour une confrontation entre les Etats-Unis et l'Europe dont la 42e édition aura lieu du 28 au 30 septembre en France.

- Une formule attrayante

C'est le paradoxe de ce sport individuel. Dans cette compétition, ce sont bien deux équipes qui s'affrontent dans des formats de jeu différents de ce que les amateurs de golf peuvent voir chaque semaine. "Le golf est par nature individuel, on se bat surtout contre soi sur un parcours. Mais là, ce sont deux équipes qui s'affrontent. Le côté individuel est totalement gommé, et la notion collective change beaucoup de choses", explique Sébastien Rochu, journaliste spécialisé à Golf Magazine, auteur de "L'histoire du golf".

Un peu comme la Coupe Davis au tennis. Le passage d'un sport individuel à un sport par équipes permet une adhésion forte du public. "La communion avec le public joue beaucoup dans la succès de la Ryder", assure Jean Van de Velde, l'un des trois Français à avoir disputé la compétition (1997).

"La notion de duel est très attrayante, et revient à la forme originelle du golf", assure Sébastien Brochu.

- Des stars surmotivées

Il n'y a qu'à regarder l'Anglais Ian Poulter après avoir rentré une approche de 25 m en Ryder Cup pour comprendre l'effet que cette compétition provoque sur les joueurs. Torse bombé, regard déterminé, il se frappe le torse comme un basketteur de NBA en hurlant sa détermination à la foule... Ces démonstrations sur les greens sont quasiment inexistantes le reste de l'année. Quand par exemple Brooks Koepka a remporté l'US Open cet été, il a esquissé un sourire et salué le plublic de la main. Le monde policé du golf se dévergonde et se lâche le temps de la Ryder.

"C'est un peu comme gagner la Coupe du monde de football, ou alors un 100 m olympique en relais. C'est un sentiment incroyable", a résumé Thomas Levet au micro de France Info, autre Français à avoir disputé une Ryder Cup.

Les joueurs, qui ne sont pas payés pour jouer cette compétition, vivent ces moments avec une rare intensité, comme l'a raconté au site Golf.com l'Américain Hale Irwin, qui en 1991, avait gâché un avantage de deux coups. "Je n'arrivais plus à respirer. Je n'arrivais plus à avaler. Tout mon corps partait en sucette".

- Un sport universel? -

En France, où la greffe du golf n'a jamais vraiment pris, il est presque inconcevable d'associer ce sport au mot "populaire", plutôt considéré comme réservé à l'élite. Et pourtant. "Le golf est pratiqué par près de 80 millions de personnes (dans le monde). Beaucoup de gens jouent au golf, et on l'oublie parfois", rappelle Jean Van de Velde.

Une statistique qu'aime bien citer les spécialistes de golf, mais qui ne donne pas une idée exacte de la résonance de ce sport.

En revanche, le golf est effectivement joué partout dans le monde. Une réalité qui prend corps lors de cette Ryder Cup diffusé dans près de 180 pays. L'audience estimée avoisine les 350 millions de téléspectateur chaque jour. Aux Etats-Unis, un pays où le golf est roi, ils sont près de 27 millions de pratiquants. Il y a deux ans, la chaîne golf de la NBC avait enregistré 50 millions de téléspectateurs pour le 1er jour de la Ryder Cup.

- Une histoire riche -

En près d'un siècle, cette compétition a accumulé nombre d'anecdotes, d'histoires, qui ont contribué à renforcer son impact auprès des joueurs et du public. Il se passe quasiment tout le temps quelque chose lors d'une Ryder Cup. Du geste de Jack Nicklaus en 1969, offrant généreusement le nul à l'Angleterre, à l'apparition surprise de George W. Bush en 1999 pour motiver les Américains, des anecdotes sur la rivalité des deux équipes pullulent. Comme celle de Severiano Ballesteros, qui, interrogé sur l'équipe américaine de l'époque avait répondu: "onze types sympas et Paul Azinger". Ou encore la phrase de l'Américian Dave Hill lancée à son adversaire britannique Bernard Gallagher en 1969: "Plus un mot sinon je t'enroule ce club autour du cou". La rivalité n'est pas feinte. Et même parfois fait déraper les fans. Le frère de l'Anglais Danny Willett avait déclenché une polémique en qualifiant les supporteurs américains de "batards" dans une tribune à deux jours de la Ryder en 2016. Son frère a traversé comme une ombre la compétition et a dû s'excuser publiquement.

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