Siemens tacle les "technocrates" qui menacent son mariage avec Alstom

Le patron de Siemens a lancé mercredi une offensive aussi virulente que politique contre la Commission européenne, qui menace de veto le projet de fusion dans le ferroviaire avec Alstom, qualifiant les décideurs européens de "technocrates rétrogrades".

L'exécutif européen s'apprête à interdire cette union le 6 février, ont indiqué à l'AFP deux sources proches du dossier.

"Sauf si les deux groupes retirent leur projet avant, la Commission va interdire la fusion mercredi", a dit l'une d'entre elles.

"Il y aura sans doute deux interdictions de fusion de la part de la Commission le 6 février", a déclaré une autre source. La seconde concerne un rapprochement de fabricants allemands dans le cuivre (Wieland, Aurubis Rolled Products et Schwermetall), qui ne suscite guère d'intérêt médiatique.

Un porte-parole de la Commission s'est refusé à tout commentaire.

Rarement un projet de mariage entre entreprises n'avait à ce point tourné à l'aigre en public.

"Il va être intéressant de voir si l'avenir de la mobilité (ferroviaire) va être déterminé par des technocrates rétrogrades ou des Européens tournés vers l'avenir", a lancé Joe Kaeser.

Dans le viseur du patron allemand, la Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, qui a exprimé à maintes reprises ses doutes sur la fusion, annoncée en grande pompe en septembre 2017.

Le patron de Siemens, habitué à prendre des positions tranchées dans un milieu d'affaires allemand traditionnellement rétif à se mêler de politique, agite, à quatre mois des élections européennes, les frustrations populaires face à "l'incapacité de l'Union à devenir une véritable puissance".

- Règles obsolètes ? -

De son côté, Mme Vestager est chargée de veiller à ce que cette union n'écrase pas les plus petits groupes ou ne fasse monter les prix au sein du marché commun.

La Commission s'inquiète de la position dominante que le nouvel ensemble aurait dans la signalisation ferroviaire et les trains à grande vitesse.

"Le droit de la concurrence européen a pris effet il y 30 ans dans un contexte complètement différent", a rétorqué M. Kaeser, jugeant "naïf de croire que les Etats peuvent individuellement faire face à la concurrence chinoise".

L'argument de règles obsolètes et rigides face à la déferlante chinoise dans l'industrie est aussi brandi par le gouvernement français.

"On ne peut pas prendre de décisions industrielles au XXIe siècle sur la base de règles de la concurrence qui ont été définies au XXe siècle", avait déclaré le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, avant une rencontre à Paris avec la commissaire Vestager.

Le patron d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge, a, lui aussi, émis publiquement des doutes, plus mesurés, sur les chances de réussite de la fusion, assurant qu'il n'avait "pas de certitude" sur la décision de la Commission.

- Ni amers, ni énervés -

Alstom et Siemens ont rendu publics les désinvestissements proposés à la Commission européenne, qui correspondent à 4% du chiffre d'affaires de l'entité combinée. Ils ont offert vendredi de nouvelles cessions, après avoir pourtant répété qu'ils ne pouvaient pas faire plus.

Dans cette partie de poker menteur, Siemens laisse entendre qu'en cas de veto de la Commission européenne, il n'exclut pas une introduction en Bourse de sa rentable branche Mobility.

L'historique "konzern" (conglomérat) allemand, qui fabrique aussi bien des turbines, des trains, des éoliennes que des logiciels, cherche à gagner en souplesse et en lisibilité face à ses actionnaires. Il a ainsi déjà placé sur le marché ses branches énergies renouvelables (Siemens Gmaesa) et d'imagerie médicale (Siemens Healtineers).

"Nous ne sommes ni amers ni énervés, si cela marche tant mieux pour Siemens-Alstom, pour nos clients, et si cela ne marche pas, nous avons d'autres options", a assuré le dirigeant de Siemens.

Siemens Mobility, en bonne forme, a en effet signé pour 4,55 milliards d'euros de commandes au premier trimestre de son exercice décalé, en hausse de 40% sur un an, notamment pour équiper le métro de Londres. Alstom a enregistré de son côté 3,39 milliards d'euros de prises de commandes sur la même période.

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