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Statut et retraite des cheminots: une réforme peut en cacher une autre

Statut et retraite des cheminots: une réforme peut en cacher une autre
La fin du recrutement au statut des cheminots, voulue par le gouvernement, va fragiliser leur régime spécial de retraite, bien que l'exécutif assure que sa réforme ferroviaire n'est pas un prélude à PHILIPPE HUGUEN

La fin du recrutement au statut des cheminots, voulue par le gouvernement, va fragiliser leur régime spécial de retraite, bien que l'exécutif assure que sa réforme ferroviaire n'est pas un prélude à celle des pensions prévue l'an prochain.

Pour les cheminots, le statut et le régime spécial sont soudés comme des rails. Le premier ouvre droit au second et à ses avantages: une durée de cotisation moins longue, un âge de départ plus précoce et une méthode de calcul plus favorable que pour la plupart des Français.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, a assuré que sa réforme ferroviaire "n'est pas la réforme des retraites des cheminots", juste avant d'annoncer qu'"à l'avenir (..) il n'y aura plus de recrutement au statut".

Le paradoxe n'a pas échappé aux syndicats. "Si on coupe le robinet, il n'y a plus d'alimentation", observe Didier Aubert (CFDT), qui considère que "l'Etat condamne le régime" spécial des cheminots.

"La caisse de retraite va s'éteindre d'elle-même", prédit Bruno Poncet (Sud).

Moins catégorique, Roger Dillenseger (Unsa) constate que la fin des embauches au statut "va forcément amoindrir les cotisations, c'est mécanique" et qu'en conséquence "l'équilibre de la caisse va être mis à mal".

Même le patron de la SNCF, Guillaume Pepy, admet que "cela accroît le déséquilibre démographique (qui) est financé par l'Etat".

- "subvention d'équilibre" -

Avec 146.000 cheminots en activité pour 246.000 retraités, veuves et orphelins en 2016, les cotisations ne suffisent pas à payer les pensions.

Une "subvention d'équilibre" de 3,38 milliards d'euros a donc été versée à la Caisse de prévoyance et de retraite (CPR) du personnel de la SNCF, pour lui permettre de distribuer les 5,25 milliards de prestations dues.

La situation n'est pas nouvelle: le nombre de salariés au statut n'a cessé de baisser depuis 1946, lorsque la France en comptait un demi-million. Le "rapport démographique" entre actifs et retraités s'est par conséquent inversé au milieu des années 1960, selon la CPR.

Avant les annonces du Premier ministre, la SNCF envisageait de stabiliser ses effectifs à environ 126.000 cheminots à partir de 2027, selon le dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR).

Sur cette base, l'organisme rattaché à Matignon estimait que les cotisants au régime spécial redeviendraient majoritaires après 2050 et que la subvention de l'Etat serait ramenée "entre 0,9 et 1,2 milliard d'euros en 2070".

Ce scénario ayant volé en éclats, il faut trouver un autre moyen d'honorer les engagements pris vis-à-vis des retraités actuels et futurs, que la CPR évaluait fin 2016 à 154 milliards d'euros.

- "obligé de compenser" -

Une partie de l'équation dépend des marchés financiers: cette somme diminue quand les taux d'emprunt à long terme de l'Etat augmentent, comme ce fut le cas l'an dernier. Mais il en faudra plus pour solder les comptes.

Les précédents gouvernements avaient prévu de mettre les cheminots à contribution, avec un train de réformes décidées depuis 2008 et dont l'application doit s'étaler jusque dans les années 2030: hausse du taux et de la durée de cotisation, report des âges d'ouverture des droits et d'annulation de la décote.

Autant de mesures en sursis en raison de la réforme des retraites promise "d'ici à l'été 2019" par Emmanuel Macron, qui entend remplacer la multitude de régimes actuels par un système "universel" aux contours encore flous.

La réforme de la SNCF n'aidera pas à y voir plus clair car "cette question n'est absolument pas abordée dans les négociations en cours avec les organisations syndicales", indique le ministère des Transports.

Pourtant "l'Etat va être obligé de compenser" la perte de cotisations quand il n'y aura plus d'embauches au statut, rappelle M. Aubert. Le syndicaliste CFDT évoque aussi l'hypothèse d'une "péréquation du régime général", c'est-à-dire d'un financement assumé par la Sécurité sociale.

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