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Unilever renonce à déplacer son siège de Londres vers Rotterdam

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Le géant anglo-néerlandais de l'agroalimentaire et des cosmétiques Unilever, connu pour ses produits Dove et ses crèmes glacées Ben & Jerry's, a renoncé à son projet de déplacer son siège social de Londres vers Rotterdam aux Pays-Bas, sous la pression de ses actionnaires.

"Le conseil d'administration d'Unilever a décidé aujourd'hui de retirer sa proposition de simplifier la structure juridique à deux têtes", explique le groupe dans un communiqué.

Si Unilever fait marche arrière, c'est surtout dû au fait que plusieurs actionnaires influents avaient annoncé leur intention de voter contre le projet lors d'une prochaine assemblée générale prévue fin octobre. Ils craignaient notamment l'impact financier d'une possible sortie de l'action Unilever du FTSE-100, l'indice vedette de la Bourse de Londres.

Une sortie de l'indice FTSE-100 "aurait forcé les actionnaires à vendre leurs titres" britanniques, a expliqué Han Smit, professeur en finance d'entreprise à l'Université Erasme de Rotterdam. Au vu de la forte opposition exprimée par les actionnaires au Royaume-Uni, "ils auraient voté contre" le projet d'Unilever, a-t-il déclaré à l'AFP.

"Nous reconnaissons que la proposition n'a pas reçu assez de soutien de la part d'un groupe important d'actionnaires et estimons qu'il est approprié de la retirer", concède le groupe dans le communiqué.

La multinationale dispose depuis près d'un siècle d'une présence juridique à la fois au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Le groupe possède trois cotations distinctes en Bourse à Londres, Amsterdam et New York.

Objet l'an dernier d'une gigantesque offre d'achat par l'américain Kraft Heinz qui a finalement échoué, Unilever avait annoncé en mars son projet de regrouper son siège dans une seule entité juridique à Rotterdam où elle entendait désormais payer ses impôts, ce qui devait lui permettre de créer de la valeur pour ses actionnaires.

Le groupe précisait qu'il ne devait pas y avoir de conséquences en termes d'emplois pour ses 7.300 employés au Royaume-Uni et 3.100 aux Pays-Bas.

- Contexte du Brexit -

Unilever n'avait alors pas mis en avant le Brexit, prévu fin mars 2019, mais sa décision revêtait une décision hautement symbolique dans ce contexte. Le fait que le groupe abandonne ses plans a de quoi réjouir le gouvernement britannique qui se démène pour défendre l'attractivité du pays malgré les turbulences attendues en raison du flou entourant la sortie de l'UE.

Cette annonce intervient en revanche comme un revers pour le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui met actuellement tout son poids dans la balance au sein de la coalition gouvernementale pour faire voter la suppression de la taxe sur les dividendes afin d'attirer les multinationales.

De son côté, l'organisation d'employeurs néerlandaise VNO-NCW a regretté la décision du groupe, prise selon elle en pleine "évolution turbulente de la situation politique au Royaume-Uni".

La décision d'Unilever a été saluée par le maire de Londres Sadiq Khan, qui parle d'une "très bonne nouvelle". Malgré des négociations houleuses sur le Brexit, la capitale britannique "restera toujours l'une des meilleures villes au monde pour faire des affaires", a-t-il affirmé sur Twitter.

Le géant de l'agroalimentaire et des cosmétiques, qui détient également les marques Knorr, Lipton et Magnum, "va maintenant examiner les prochaines étapes et continuera de dialoguer avec ses actionnaires", a indiqué Marijn Dekkers, président du conseil d'administration d'Unilever, cité dans le communiqué.

Pour Russ Mould, directeur de la société d'investissement britannique AJ Bell, "l'épisode semble avoir été mal géré et la position du directeur exécutif (d'Unilever) Paul Polman ainsi que du reste du conseil d'administration feront probablement l'objet d'un examen appronfondi".

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