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Verbalisés dans le Nord-Isère : "Crit'air, ce n'est pas que pour les grandes villes?"

"On croyait que c'était seulement pour les grandes villes!": dans le Nord-Isère, beaucoup d'automobilistes verbalisés jeudi pour défaut de vignette Crit’air découvraient que cette zone sans grosse agglomération était elle aussi soumise à la circulation différenciée.

La préfecture de l'Isère a restreint jeudi la circulation dans la région grenobloise, régulièrement polluée par grosse chaleur, aux seuls véhicules présentant une vignette Crit'air de classe 3 maximum.

Mais soixante kilomètres plus loin, dans le nord-ouest du département, beaucoup d'automobilistes sont tombés des nues en apprenant, à leurs dépens, qu'ils devaient détenir la vignette - de n'importe quelle classe - pour y circuler.

Dans cette région industrieuse, marquée par une kyrielle de communes petites et moyennes vivant dans l'orbite de Lyon, les transports en commun sont rares.

A un rond-point de Saint-Quentin Fallavier, au milieu d'hectares d'entrepôts où il faut bien prendre sa voiture pour aller travailler, les gendarmes verbalisent à tour de bras, mais avec bonhomie.

- "D'autres chats à fouetter" -

Valérie Rouchier, une infirmière de 52 ans, se rend à Lyon pour un examen médical dans une décapotable toute récente, qu'elle prend chaque jour pour aller travailler.

"Je n'ai pas entendu parler qu'il fallait avoir cette vignette ici", s'agace-t-elle. "Je travaille aux urgences de Bourgoin Jallieu. En ce moment, j'ai d'autres chats à fouetter".

"C'est vrai Madame, souvent les gens ne savent pas", concède le brigadier Jeremy Lavergne en la verbalisant. "Ce sera 68 euros, 45 si vous payez dans les quinze jours". "Je vais payer, et je commanderai la vignette", promet l'infirmière.

Michel Sivan, professeur de maintenance industrielle de 57 ans, ne pensait pas non plus en avoir besoin sur son trajet domicile-travail, long d'un kilomètre. "J'en avais entendu parler pour Lyon, mais sur ce coin de l'Isère pas spécialement".

Se faisant arrêter jeudi en allant rendre visite à un élève en entreprise, il reconnaît "une négligence", remarque qu'il "faut faire attention à la planète", et regrette "qu'+ils+ ne l'envoient pas avec la carte grise".

Rachid Hajri, 32 ans, conducteur de tramway à Meyzieu, est assez abattu: "Alors ce n'est pas qu'en ville" qu'il faut avoir la vignette? Sa femme Iman, "qui s'informe beaucoup sur son téléphone", assure n'avoir pas été alertée. Son mari finalement se dit "plutôt en colère contre lui-même", et trouve que la vignette Crit'Air "c'est bien".

- Changement de société -

Alors que M. Hajri se rend chez un médecin à Lyon, où la vignette de classe 2 maximum était tolérée jeudi, le chef gendarme Sébastien Leroy le rassure: "Si les policiers vous arrêtent, dites bien que vous avez déjà été verbalisé".

Le militaire constate que la verbalisation pour raison d'environnement est "largement mieux acceptée" que pour d'autres infractions.

Philippe Douhay, 54 ans, responsable de marketing, croyait lui aussi que la vignette Crit'air, "c'était pour les grandes villes". Il est sensible à l'environnement, après notamment des vacances récentes dans les gorges du Verdon "où il n'y a plus d'eau".

Mais M. Douhay, qui précise "n'avoir pas fait les ronds-points" de "gilets jaunes", soupçonne quand même qu'avec la vignette Crit'air, "on est en train de remettre l'ancienne vignette".

Elle ne coûte certes que 3,62 euros avec l'envoi. "Aujourd'hui oui, mais demain?", s'interroge-t-il.

Certains sont quand même mieux informés. Isabelle Tribout, 47 ans, cadre dans un entrepôt, "ne se pensait pas concernée" non plus. Mais, entendant les informations, elle "a commandé ce matin la vignette" sur internet, pour pouvoir présenter le récépissé à un éventuel contrôle.

Charles Barbier, sous-préfet et directeur de cabinet du préfet de l'Isère, assistait pour sa part jeudi à un contrôle dans Grenoble, où 12 conducteurs sur 18 contrôlés étaient en infraction.

"Après deux ans de pédagogie, en faisant désormais ces contrôles et en le faisant savoir, souligne-t-il fermement, on participe au travail de prévention".

Aujourd'hui estime-t-il, avec la pollution et la chaleur, "il y a un changement de société auquel il faut s'habituer".

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