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Le gouvernement entérine la fermeture de l'usine de Ford Blanquefort

Le gouvernement entérine la fermeture de l'usine de Ford Blanquefort
Des slogans contre la fermeture de l'usine Ford de Blanquefort peints sur un panneau à l'entrée du site, le 18 février 2019GEORGES GOBET

Le gouvernement a entériné lundi la fermeture de l'usine Ford de Blanquefort, près de Bordeaux, après le refus par le constructeur américain de la dernière offre de reprise de ce site qui compte 800 salariés.

"Nous regrettons que cette offre, une nouvelle fois, n'ait pas été acceptée par Ford et que la porte soit restée fermée", a affirmé le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, lors d'une conférence de presse au terme d'une réunion à Bercy avec les représentants du personnel et les élus locaux.

Le ministre a fustigé une nouvelle fois le comportement du constructeur américain, qu'il a jugé "indigne", pour avoir rejeté la nouvelle offre de Punch Powerglide pour son usine de Blanquefort.

Il a estimé que Ford "devait payer" pour que le plan social soit "solide" et aussi pour "garantir la dépollution (du site), ainsi que payer le territoire en amenant les fonds nécessaires à la réindustrialisation du site".

"A partir du moment où Ford a pris cette décision définitive, maintenant c'est l'avenir qu'il faut imaginer", a ajouté le ministre, qui a assuré avoir lancé un groupe de travail pour en discuter.

"Nous avons créé un groupe entre les élus locaux, l'Etat, les représentants syndicaux pour travailler à l'avenir du site", a-t-il expliqué, précisant avoir "déjà des pistes possibles".

Philippe Poutou, délégué CGT de Ford et ancien candidat (NPA) à la présidentielle, a lui regretté que le gouvernement n'ait pas pu contraindre le constructeur américain à accepter l'offre de reprise de Punch.

"On a du mal à comprendre qu'en face il y ait si peu de répondant", a-t-il affirmé à la presse. "Ce qui est triste, c'est ce constat de voir qu'un Etat ne puisse pas contraindre une multinationale comme Ford", a-t-il regretté.

Le délégué syndical a appelé le gouvernement à "réquisitionner l'usine (...) et à bloquer les machines (...) pour que l'on garde des chances pour qu'il y ait une activité industrielle demain".

"Le seul qui a réussi son coup dans cette histoire et qui a fait ce qu'il voulait, c'est Ford", a réagi pour sa part Jean-Marc Chavant, élu FO.

Ford avait confirmé auparavant qu'il refusait la dernière offre de reprise de Punch.

"Nous sommes conscients des conséquences de la décision de l’arrêt de production pour nos salariés, leurs familles et pour la communauté locale", a reconnu Ford Motor Company (FAI) dans un communiqué.

"C'est pourquoi FAI a présenté un plan social complet qui comprend notamment des plans de reclassement et de cessation anticipée d'activité ainsi que d'autres mesures destinées à aider les salariés à retrouver un emploi ou à poursuivre d'autres opportunités de carrière, qu'il s'agisse de créations d'entreprise ou de formations de reconversion", a assuré le groupe.

Il a en outre promis "un vaste plan de réindustrialisation destiné à réduire l'impact sur la collectivité locale" de cette fermeture.

- Revitalisation -

L'administration avait rejeté le plan social fin janvier et le gouvernement avait profité du répit pour faire pression sur tous les acteurs afin de trouver une solution.

La nouvelle offre de reprise de Punch Powerglide, jamais détaillée, avait été annoncée triomphalement par Bercy lundi dernier.

Cependant, même les syndicats se montraient "inquiets" face à l'offre de Punch qui maintenait environ la moitié des emplois, mais n'était pas accompagnée de lettres d'intention de clients, faisant redouter un carnet de commandes insuffisant pour faire tourner l'usine.

L'option d'une nationalisation temporaire, évoquée par M. Le Maire, n'était plus sur la table.

Le ministre a d'ailleurs assuré préférer qu'on lui "fasse un procès en volontarisme plutôt qu'un procès en immobilisme".

Alain Juppé, encore maire de Bordeaux quelques jours avant son départ pour le Conseil constitutionnel, a demandé à l'Etat "d'exiger de Ford de prendre enfin ses responsabilités pour financer un vrai plan de revitalisation".

L'administration doit donner d'ici début mars son avis sur le plan social que Ford a de nouveau déposé, après le rejet du premier.

Un feu vert enclencherait la procédure de fermeture, plus d'un an après l'annonce par Ford début 2018 de son intention de se désengager de cette usine implantée en 1972 aux portes de la capitale girondine.

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