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"Una questione privata": le dernier film signé Paolo et Vittorio Taviani

Les deux frères réalisateurs Vittorio (G) et Paolo Taviani à Rome en Italie le 29 février 2012TIZIANA FABI
Italie

Un film posthume pour Vittorio, le dernier avec son frère pour Paolo: Avec "Una questione privata", en salles mercredi, les inséparables frères Taviani signent leur ultime film ensemble, l'histoire "d'une folie amoureuse en temps de guerre".

"Nous avons écrit le scénario ensemble, mais au moment du tournage Vittorio était déjà trop malade", confie à l'AFP le réalisateur italien Paolo Taviani, qui a perdu son frère aîné et acolyte de toujours, Vittorio, décédé en avril à l'âge de 88 ans.

Adapté du livre éponyme de Beppe Fenoglio, "Una questione Privata" se déroule dans le Piémont, mais a été tourné dans la Val Maira, à 2.300 mètres d'altitude. "Cela aurait été trop fatigant pour lui, c'est donc le premier film que j'ai dirigé sans lui", ajoute celui qui a écrit avec son frère certaines des plus belles pages de l'histoire du cinéma italien, comme "Padre Pardone" (1977), Palme d'or à Cannes, ou encore "César doit mourir" (2012), Ours d'or à Berlin.

Ce qui n'a pas empêché ces deux inséparables - qui en 1977 se comparaient au café au lait: "Impossible de dire où finit le café et où commence le lait" - de travailler étroitement ensemble jusqu'à la fin du tournage.

"Après un ou deux jours dans les montagnes, mes assistants lui envoyaient les rushs, Vittorio les regardait depuis chez lui, on s'appelait et on s'engueulait comme on l'a toujours fait. Il me disait ce qu'il aimait ou ce qu'il n'aimait pas", explique le réalisateur italien, la gorge serrée.

- "Je continuerai" -

Le film se déroule en 1943, dans les montagnes du Nord de l'Italie. Milton (Luca Marinelli), un étudiant rêveur et passionné, aime Fulvia, une belle et capricieuse jeune femme. Un an plus tard, il entre dans la résistance et se bat au côté d'autres partisans contre les fascistes.

Au détour d'une conversation, il apprend que Fulvia l'a peut-être trompé avec son très séduisant meilleur ami Giorgio. Milton se lance alors à sa recherche dans les collines des Langhes, mais celui-ci vient d'être arrêté par les fascistes.

"Dans cette recherche vers la vérité, Milton oublie la raison pour laquelle il se bat dans les montagnes. La passion devient plus forte que la guerre", souligne Paolo Taviani. Pour lui, c'est un drame d'amour innocent et pourtant coupable, parce que dans le quotidien atroce de la guerre civile le destin de chacun se confond avec le destin de tous.

Entre les scènes de marche dans les collines enveloppées de brouillard, celles des soldats fascistes qui se meuvent dans l'espace tels des cafards, l'univers froid et pressant de la guerre s'oppose radicalement à celui du passé heureux avec Fulvia, plus coloré, accompagné par la musique "Somwhere over the rainbow" chantée par Judy Garland.

Ce disque sorti en 1939, était beaucoup écouté par les jeunes du début des années 40, "bien qu'interdit par le fascisme", précise le réalisateur, qui avec son frère Vittorio s'est tout au long de sa carrière intéressé à la question du fascisme en Italie.

C'était déjà le cas de leur long-métrage "La nuit de San Lorenzo", Grand prix du jury du Festival de Cannes en 1982. "Quand on a fini ce film, qui est notre plus beau film, avec Vittorio on se disait: espérons que ce soit notre dernier film qui traite du fascisme", raconte-t-il.

A nouveau donc, "parce qu'en ce moment en Italie, il y a un fascisme qui se développe, qui se manifeste de façon différente, mais dont l'essence est la même", ajoute-t-il.

Un combat au cinéma, qu'il compte poursuivre après la mort de son frère: "Je continuerai à faire des films. Je ne veux pas me retirer, ni de ce qui fait ma vie, ni de mon travail tant que mon pays, l'Italie, ne sera pas sorti des décombres".

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