Avec la hausse des adhésions, des Tories craignent un complot extrémiste pour les infiltrer

Avec la hausse des adhésions, des Tories craignent un complot extrémiste pour les infiltrer
La Première ministre britannique Theresa May quitte sa résidence du 10 Downing Street à Londres, le 27 juin 2018Daniel LEAL-OLIVAS

Normalement, une hausse des adhésions a de quoi réjouir un parti politique. Mais chez certains conservateurs britanniques, le doute s'est immiscé sur les intentions de ces nouveaux membres, qu'ils soupçonnent d'entrisme pour obtenir un Brexit "dur".

Depuis le début de l'été, des milliers de personnes ont demandé à rejoindre les rangs du parti de la Première ministre Theresa May. Un phénomène que les europhiles en particulier voient d'un mauvais oeil, redoutant que ces nouveaux membres tentent de faire bouger les lignes au sein d'une formation divisée entre ceux qui veulent une rupture nette avec l'Union européenne et les partisans du maintien de liens étroits.

"Il y a clairement un afflux de gens qui rejoignent le Parti conservateur mais dans quel but c'est impossible à dire", a déclaré à l'AFP Dominic Grieve, un député pro-européen.

Dans sa circonscription de Beaconsfield (sud-est de l'Angleterre), une centaine de personnes viennent de s'inscrire, et le député se dit "sûr" que certaines d'entre elles ont pour objectif de le renverser.

L'appel lancé par l'homme d'affaires Arron Banks, cofondateur et argentier du mouvement pro-Brexit Leave.EU, le conforte lui et d'autres députés europhiles dans cette crainte.

M. Banks a en effet exhorté les quelque 90.000 membres de son mouvement et 1,4 million d'abonnés sur les réseaux sociaux à rejoindre les Conservateurs pour favoriser l'élection d'un chef de parti favorable à un Brexit "dur" au cas où Mme May, dont la position est très fragile, viendrait à démissionner.

Le règlement des Tories autorise tout membre depuis au moins trois mois à participer à l'élection de son chef parmi deux candidats choisis par les députés conservateurs.

- 'Sauver le Brexit' -

"La meilleure façon de sauver le Brexit et l'avenir de notre pays passe par le Parti conservateur", a écrit Arron Banks la semaine dernière dans le Sunday Times.

"Une rébellion de la base du Parti conservateur est possible. Un nouveau dirigeant peut être porté au pouvoir et le bon sens peut l'emporter. Notre objectif est d'unir la droite", a-t-il ajouté.

Sa propre adhésion vient cependant d'être retoquée par les instances dirigeantes des Tories tandis que la députée conservatrice europhile Anna Soubry a réclamé aux responsables du parti de "faire preuve de courage et de détermination pour mettre fin à l'infiltration extrémiste".

Un avis que sont cependant loin de partager ses collègues pro-Brexit.

Interrogé par l'AFP, un porte-parole des Tories a lui refusé de commenter les déclarations d'Arron Banks et de donner les chiffres d'adhésion.

Selon une source au sein du parti, elles ont progressé "de manière régulière grâce à une campagne de recrutement".

Un nouveau système d'adhésion centralisé et la nomination de nouveaux directeurs de campagne avec pour mission d'attirer de nouveaux membres, auraient aussi joué.

George Evans, 64 ans, de Wirral, dans le nord-ouest de l'Angleterre, fait partie des nouvelles recrues venues de l'Ukip. Il assure cependant à l'AFP qu'il vote conservateur depuis longtemps.

Il a brièvement quitté le parti "afin de peser" pour l'organisation du référendum de 2016 et y est revenu en août "dans l'espoir d'influencer" si la tête du parti devait changer.

Pour Tim Bale, professeur de politique à l'Université Queen Mary de Londres, l'engouement des "Brexiters" à rejoindre les Conservateurs était "presque inévitable".

Il estime qu'avec ces nouvelles recrues, les Tories, qui revendiquent aujourd'hui environ 124.000 membres, pourrait atteindre 140.000 personnes. L'Ukip comptait, à son maximum en 2015, environ 40.000 membres.

"Cela ne constituerait pas une prise de contrôle par l'Ukip", relativise-t-il.

De son côté, M. Grieve a exhorté le parti à "se protéger" de l'"entrisme pur". "Si on s'éloigne du centre, on a peu de chance de gagner" aux élections, a-t-il prévenu.

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