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Brexit: Nigel Farage lance sa "contre-attaque" en vue des européennes

BREXIT

Avec son Parti du Brexit, l'europhobe Nigel Farage compte bien faire une percée aux élections européennes, un scrutin auquel le Royaume-Uni, lancé sur la rampe d'une sortie de l'UE depuis trois ans, n'aurait jamais dû prendre part.

Les Britanniques éliront leurs représentants au Parlement européen le 23 mai seulement si aucun accord de divorce avec l'Union européenne n'a pu être approuvé d'ici là par les députés britanniques. Dans cette attente, la campagne offre une plateforme de choix pour les formations émergentes pro ou anti-Brexit qui tentent de contester le système bipartite en place à Westminster.

"La contre-attaque commence aujourd'hui", a lancé Nigel Farage devant environ 150 partisans venus assister au premier évènement de la campagne électorale de son nouveau parti, dans un hangar sans âme d'une entreprise de revêtement industriel de la banlieue de Coventry (centre de l'Angleterre).

"Notre système bipartite ne peut tout simplement pas mener à bien le Brexit, il n'en n'est pas capable", a lancé l'ancien dirigeant de l'UKip, formation europhobe avec laquelle il avait bataillé pour obtenir l'organisation en 2016 du référendum sur le maintien dans l'UE.

"J'ai misé 1.000 livres sur le fait que le Parti du Brexit arriverait en tête", a-t-il affirmé, un brin provocateur, maniant toujours la gouaille qui lui avait permis, en 2014, d'arriver largement en tête des élections européennes avec l'UKip, devant les travaillistes et les conservateurs.

- "Grande claque" -

Nigel Farage a présenté certains candidats de son parti, décrits comme d'anciens militants des formations traditionnelles ayant changé de bord, dont Annunziata Rees-Mogg, la sœur du très eurosceptique député tory Jacob Rees-Mogg, elle-même ancienne candidate à la députation pour le parti de la Première ministre Theresa May.

"Je suis de plus en plus abattue de constater la trahison des leaders du Parti conservateur envers ses membres comme envers la population britannique dans la conduite du Brexit", a déclaré à l'AFP cette mère de famille tirée à quatre épingles.

"Trahison". Le mot revient en boucle dans la bouche des supporters présents à ce rassemblement, qu'ils soient engagés à gauche, à droite, ou sans étiquette.

"J'ai découpé ma carte de membre du Parti travailliste il y a deux jours", explique Richard Harris, 37 ans, un travailleur social qui a postulé pour devenir candidat du Parti du Brexit.

"Le Brexit est un problème gigantesque, tellement de gens se sentent ignorés", affirme-t-il comme pour justifier son nouvel engagement. "Nous allons envoyer la plus grande claque jamais reçue par le système politique depuis plusieurs générations".

Installé quelques rangs plus loin, en jean et veste sombre, Tony Webster se définit d'entrée comme un "électeur conservateur". Mais pour l'élection au Parlement européen, cet ancien professeur de mathématiques votera pour la liste de Nigel Farage, même s'il a conscience que renvoyer l'eurodéputé à Strasbourg "n'aidera pas vraiment". "C'est surtout pour envoyer un message ici, en espérant que ça aboutisse à du changement rapidement".

- "Classe politique détraquée" -

Pour Simon Usherwood, professeur de sciences politiques à l'Université de Surrey, ces élections européennes s'annoncent comme un "référendum par procuration".

"Il y a très peu d'attention portée aux décisions que devront prendre les députés européens une fois élus", souligne-t-il. "L'attention se concentre largement sur les questions de politique intérieure", dominées par le Brexit.

A l'opposé du Parti du Brexit, le Groupe indépendant a lui aussi annoncé son intention de faire campagne, mais pour tenter d'obtenir un second référendum et empêcher la concrétisation du divorce.

Cette formation, créée en février par des députés transfuges du Parti travailliste et du Parti conservateur, a lancé jeudi un appel à candidatures pour constituer sa liste en vue du scrutin.

"Il existe clairement un appétit pour une alternative à notre classe politique détraquée qui nécessite un changement fondamental, comme le montre le processus désastreux du Brexit", a déclaré Chuka Umunna, le porte-parole du Groupe indépendant.

Pour Anand Menon, professeur de politique européenne au King's College de Londres, ces élections "pourraient accélérer la fragmentation d'un système bipartite dans l'impasse". "Il est difficile d'imaginer pire moment pour le Labour comme pour les Tories pour affronter la seule élection proportionnelle d'ampleur nationale".

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