Bulgarie: baptême du feu controversé pour l'unité anti-corruption

Bulgarie: baptême du feu controversé pour l'unité anti-corruption
Manifestation anti-corruption à Sofia le 11 janvier 2018 avec des masques représentant le président de la Commission Jean-Claude Juncker (G), le Premier ministre bulgare Boïko Borissov (2eG) et la miDimitar DILKOFF

Les méthodes musclées inspirées par la nouvelle unité spéciale mise en place par la Bulgarie pour lutter contre la corruption, fléau du pays, ont été mises en cause jeudi à l'occasion de l'arrestation spectaculaire d'une élue locale.

Maintenue menottée pendant des heures sur la chaussée en plein centre de Sofia, sous l'oeil des caméras de télévision et sous la surveillance de policiers cagoulés: c'est ainsi que les Bulgares ont assisté à l'interpellation mardi de Dessisava Ivantcheva, maire d'un arrondissement de la capitale.

Il s'agissait de l'une des toutes premières opérations chapeautées par l'unité judiciaire anti-corruption mise en place en début d'année par le gouvernement bulgare. La Bulgarie, qui occupe actuellement la présidence tournante de l'Union européenne, est sous pression de l'UE depuis des années pour son inefficacité dans la lutte contre ce fléau qui place ce pays au dernier rang des Vingt-huit dans la perception de la corruption ambiante.

Le quotidien d'opposition Sega a qualifié jeudi de "démonstratif et humiliant" le mode d'arrestation de cette élue interpellée, en compagnie de deux complices présumés, avec 70.000 euros en petites coupures.

"Cette arrestation démonstrative n'a rien à voir avec le droit. On prouve un pot-de-vin au moment de la remise et pas dans une voiture après une course poursuite en plein centre-ville", a estimé un avocat, Nikolay Hadjiguenov, à la radio publique.

La vice Premier ministre en charge de la Justice, Ekaterina Zaharieva, a admis que "les limites ont été un peu dépassées", s'attirant une réplique cinglante du procureur général Sotir Tsatsarov.

"Quel est le sens de cette déclaration (...) alors qu'il s'agit de la première investigation commune d'un crime de corruption grave!", s'est exclamé le procureur général, évoquant "un décalage entre les déclarations officielles et les attentes réelles" en matière de lutte contre la corruption.

L'élue est accusée de s'être entendue avec un entrepreneur sur le versement d'un pot-de-vin de 500.000 euros pour faire avancer un dossier de construction, selon le parquet.

Le gouvernement conservateur bulgare avait été incité par la Commission européenne à adopter une nouvelle loi anti-corruption avant que le pays ne prenne en janvier la présidence de l'UE.

Cette loi votée en décembre a institué la nouvelle unité dans le but d'enquêter sur les personnalités de haut rang, leurs revenus et les éventuels conflits d'intérêts. Elle avait aussitôt été critiquée par le chef de l'Etat, soutenu par l'opposition socialiste, qui avait jugé le nouvel outil "inefficace".

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