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Dopage: Poutine promet la transparence, mais les soupçons s'accumulent

Dopage: Poutine promet la transparence, mais les soupçons s'accumulent
Le Président russe Vladimir Poutine, à Moscou, le 1er mars 2018Alexei Druzhinin

Vladimir Poutine a affirmé jeudi que la Russie se pliait aux exigences de l'antidopage mondial, au moment même où Moscou risque de nouvelles sanctions et que son propre chef de l'antidopage a accusé les autorités de manipulations.

"Nous collaborons activement avec l'AMA (Agence mondiale antidopage) dont les exigences à l'égard de la Russie sont respectées dans leur totalité", a dit Vladimir Poutine lors d'un forum sur le sport.

"Nos sportifs sont les premiers à vouloir que toutes les insuffisances liées à la question du dopage soient reléguées au passé afin que les sportifs russes puissent participer sans restrictions" aux compétitions internationales, a-t-il ajouté depuis Nijni-Novgorod.

Les déclarations de Vladimir Poutine interviennent alors même que le patron de l'Agence antidopage russe (Rusada), Iouri Ganous, a accusé ouvertement à deux reprises cette semaine les autorités sportives de son pays d'avoir manipulé des données électroniques remises à l'AMA.

"Les autorités sportives russes, celles-là même qui devaient résoudre la crise du dopage qui dure depuis maintenant cinq ans, ont choqué le monde une nouvelle fois avec des manipulations, cette fois-ci de bases de données", a écrit mardi ce responsable nommé il y a deux ans pour rebâtir l'antidopage russe, après les révélations en 2015 sur un système de dopage institutionnel dans le pays.

Selon M. Ganous, les autorités sont en train "d'enfoncer le sport (russe) dans la crise" et les médias nationaux colportent "de la propagande mensongère" sur le sujet.

Dans la foulée de cette lettre, largement passée inaperçue en Russie, M. Ganous a accordé mercredi un entretien au magazine allemand Der Spiegel où il a répété ses accusations et prévenu que le sport russe risquait de nouveau de lourdes punitions.

- 'Preuves scientifiques' -

Selon lui, "les sanctions vont être très dures, car ce n'est pas la première fois que la Russie viole les règles. La participation de la Russie aux Jeux de Tokyo 2020 et de Pékin 2022 est en jeu".

Des propos dont la sévérité tranche avec les assurances du ministre russe des Sports Pavel Kolobkov.

Celui-ci affirmait mardi avoir satisfait la trentaine de demandes formulées en septembre par l'AMA sur les "incohérences" constatées dans les données électroniques de l'ancien laboratoire de Moscou, à l'origine des récents soupçons de manipulation.

Des experts légistes doivent se pencher sur ces réponses russes et le 23 octobre, le comité de révision de la conformité (CRC) de l'AMA, qui est habilité à recommander des sanctions, doit rencontrer ces experts.

Un acteur de l'antidopage, s'exprimant sous couvert de l'anonymat, a expliqué cette semaine à l'AFP que les équipes de l'AMA avaient "des preuves scientifiques et techniques que des données ont été effacées des bases de données transmises" par Moscou.

La remise de ces données par la Russie en début d'année avait permis un début de sortie de la crise, l'AMA en ayant fait une condition stricte après avoir levé, en septembre 2018, la suspension de Rusada, décrétée en novembre 2015.

Le scandale avait conduit le Comité international olympique (CIO) à bannir le drapeau et l'hymne russe des JO d'hiver 2018 à Pyeongchang, même si une sélection d'"athlètes olympiques de Russie" avait été admise. Les emblèmes russes ont aussi été supprimés de toute compétition internationale d'athlétisme depuis novembre 2015, notamment aux JO de Rio-2016 et aux Mondiaux de Londres (2017) et de Doha cet automne.

Lors du prochain comité exécutif de l'AMA, annoncé début novembre en Pologne, la question russe devrait figurer en bonne place à l'ordre du jour.

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