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Elections régionales allemandes: l'Est a "perdu confiance" (expert)

Elections régionales allemandes: l'Est a
Une affiche de campagne appelant à voter pour le parti d'extrême droite AfD est placardée à Zehdenick, dans le Land du Brandebourg au nord-est de l'Allemagne, le 28 août 2019 John MACDOUGALL

L'attrait pour l'extrême droite dans l'ex-RDA, où elle se prépare à une percée lors d'élections régionales dimanche, s'explique en partie par la perte de "confiance dans la justice sociale" de ses habitants, estime Thomas Kliche, psychologue politique à l'Université de Magdebourg-Stendal.

QUESTION: Quelles ont été les conséquences de la réunification allemande en 1990?

REPONSE: Sur le plan économique, les Allemands de l'Est ont en fait connu une prise de contrôle hostile. Des entreprises ont été rachetées et fermées. L'emploi et la croissance étaient à l'Ouest, le chômage de masse à l'Est. En conséquence, une émigration massive forcée s'est produite.

Tout cela est consolidé depuis 30 ans. Aujourd'hui, l'Est reste dépendant de l'Ouest: ce territoire est une zone de marché qui fournit des matières premières, comme les produits agricoles, et des travailleurs qualifiés. Chaque année, des milliers d'éducateurs, de médecins et d'enseignants émigrent vers l'Ouest, où ils gagnent plus. Les Allemands de l'Est ont encore un revenu inférieur. La proportion de contrats à durée déterminée et à temps partiel, les salariés au salaire minimum, la pauvreté infantile, les bénéficiaires d'aides sociales - tout est beaucoup plus élevé à l'Est. Cela signifie que l'inégalité économique des régions est consolidée à long terme.

En conséquence, de nombreux Allemands de l'Est ont complètement perdu confiance dans la justice sociale.

Q: Comment se caractérise le vote d'extrême droite à l'Est ?

R: Comme à l'Ouest, on retrouve à l'Est deux groupes d'électeurs en faveur de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne, ndlr): il y a un tiers d'extrémistes de droite convaincus, ensuite, il y a les électeurs traditionnels chrétiens-démocrates (le parti d'Angela Merkel) qui veulent rendre ce parti plus conservateur, surtout sur les thématiques familiales et sociales.

S'y ajoutent deux autres groupes dans les Länder de l'Est, survenus avec l'héritage de la réunification: de nombreux abstentionnistes voient maintenant une occasion de faire +payer+ aux partis traditionnels les torts subis. Ils veulent juste dire: +Nous détestons les gens d'en haut et tout le système+.

Enfin, il y a des électeurs désespérés qui pensent quelque chose doit changer car sinon l'Est de l'Allemagne va continuer à stagner.

Q: Qu'est-ce qui conduirait les sympathisants de l'AfD à un comportement électoral différent ?

R: Rien du tout. Le populisme n'est pas un programme apportant des solutions mais avant tout un carnaval émotionnel, une mauvaise guérison des craintes suscitées par la modernisation. Il a de grands avantages émotionnels immédiats: il procure un sentiment d'appartenir à un groupe, de pouvoir affronter les difficultés plus directement, de pouvoir agresser les minorités et apporte le plaisir de la colère.

Le populisme est une soupape. Fondamentalement, il suit le scénario d'un grand film d'horreur: les +aliens+ envahissent notre pays; nous devons nous défendre nous-mêmes; notre haine est saine et nous sommes autorisés à la laisser s'exprimer. C'est pourquoi le mouvement, dans le monde entier d'ailleurs, est presque totalement à l'abri des arguments et des faits - comme avec Trump ou le Brexit.

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