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En Russie, cinq ans de prison pour un tweet "extrémiste"

En Russie, cinq ans de prison pour un tweet
Un blogueur russe condamné à cinq ans de prison pour un tweet dans lequel il suggérait de s'en prendre aux enfants des policiers après les manifestations de l'opposition sévèrement réprimées à MoscouAlastair Pike

Un tribunal russe a condamné mardi un internaute à cinq ans de prison pour un tweet dans lequel il suggérait de s'en prendre aux enfants des policiers, dans le contexte des manifestations de l'opposition sévèrement réprimées à Moscou.

Selon les enquêteurs, Vladislav Sinitsa, 30 ans, avait posté fin juillet un tweet sous le pseudonyme "Max Steklov" dans lequel il appelait "à des actes illégaux de nature violente envers les enfants des forces de l'ordre".

Placé en détention le 5 août, il a été condamné mardi par un tribunal moscovite pour "incitation à la haine" en vertu d'une loi critiquée entrée en vigueur en 2016 visant à lutter contre "l'extrémisme".

Le message en question, selon la chaîne d'opposition Dojd, appelait à "étudier la géolocalisation" des photos de famille des policiers sur internet. "Puis, un jour, l'enfant du vaillant défenseur de l'ordre ne rentre pas de l'école. Et à la place, on reçoit par la poste un CD avec une vidéo +snuff movie+ dessus".

Un "snuff movie" contient des images de meurtre ou violences extrêmes, possiblement réels, sur des personnes.

Le jeune homme, originaire de la région de Moscou, a qualifié ses propos d'"un peu violents et pas éthiques" mais s'est défendu de tout appel à des actes réels. Il a affirmé qu'ils ont été sortis de leur contexte: une "conversation avec un opposant politique", selon son avocat.

Ce tweet a été publié au plus fort du mouvement de contestation contre l'éviction des candidats de l'opposition aux élections locales de Moscou, le 8 septembre, marqué par une forte répression policière.

Ce mouvement de contestation, le plus important depuis le retour de Vladimir Poutine au Kremlin en 2012, a donné lieu à près de 2.700 interpellations et l'ouverture de plusieurs procès pour "troubles massifs" et "violences à l'encontre des forces de l'ordre".

La plupart des meneurs de l'opposition ont, eux, enchaîné de courtes peines de prison pour leurs appels à manifester.

- "Tweet stupide" -

"Je considère cette décision d'une sévérité sans précédent", a réagi son avocat, Denis Tikhonov, auprès de l'AFP. Dénonçant un "acte d'intimidation", il a affirmé que son client fera appel et déposera une plainte auprès de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH).

"J'ai étudié les précédents judiciaires, et (cette décision) n'a aucun sens", a-t-il ajouté, soulignant que cette condamnation après seulement deux jours d'audience était "absolument inhabituelle" et "illégale".

Le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, a qualifié le tweet incriminé de "très bête" mais souligné qu'il était la cible de messages semblables "30 fois par jour". "Mais ils ont condamné Sinitsa pour un tweet stupide à CINQ ANS DE PRISON. Notre gouvernement est cannibale et idiot", a-t-il affirmé sur Twitter.

Les militants de l'opposition dénoncent une volonté délibérée du Kremlin pour forcer les Russes à y réfléchir à deux fois avant d'afficher leur opinion sur les réseaux sociaux, qui ont longtemps échappé au contrôle des autorités.

Le porte-parole de la Garde nationale russe, Valeri Gribakine, a lui salué une "décision juste ", selon l'agence Interfax.

Cette nouvelle condamnation intervient alors que la justice russe a procédé ces dernières années à des dizaines de condamnations pour des messages sur Internet, en se basant sur les lois visant à lutter contre l'extrémisme, mais jamais une sentence n'avait été aussi sévère.

En juillet, un internaute avait ainsi été condamné à Togliatti (ouest) à un an de prison pour "appel au terrorisme" après avoir félicité sur Twitter l'auteur d'un attentat dans un bâtiment des services de sécurité à Arkhangelsk (nord) et regretté qu'il n'ait pas fait de victime.

Selon l'organisation indépendante Agora, une vingtaine de personnes ont été condamnées à des peines de prison pour des publications sur internet en Russie en 2018, et 43 l'année précédente.

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