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Entre Dirndl et culotte de peau, la Bavière se prépare à un séisme politique

Entre Dirndl et culotte de peau, la Bavière se prépare à un séisme politique
Le ministre-président de Bavière, Markus Söder, de l'Union chrétienne-sociale (CSU) à Ingolstadt (sud de l'Allemagne) le 8 octobre 2018.Christof STACHE

Attablé devant une saucisse blanche traditionnelle, une bière à la main, Otto Seidl, 73 ans, ne décolère pas face au recul sans précédent annoncé de son parti, l'Union chrétienne-sociale (CSU).

"La Bavière va bien, tout le monde le dit! Et si la Bavière va si bien, c'est grâce à la CSU qui la gouverne depuis 70 ans", martèle ce conseiller municipal de Munich.

Pourtant, c'est un score de 33% seulement que promettent les sondages en vue des élections régionales de dimanche à ce parti très conservateur, allié à celui de centre-droit d'Angela Merkel (CDU) et membre de sa coalition gouvernementale à Berlin. Ce serait le plus faible, pour cette formation qui incarne et domine la Bavière depuis des décennies, depuis sa création après la Deuxième guerre mondiale.

"La CSU risque de perdre la majorité absolue, c'est un moment historique", résume Sudha David-Wilp, experte politique au German Marshall Fund.

Au pouvoir sans discontinuer depuis 1958, le plus souvent avec la majorité absolue, la CSU est concurrencée par les Verts, crédités de 18% des suffrages, et par son grand cauchemar: l’AfD (Alternative pour l'Allemagne), parti d'extrême-droite qui prospère depuis l'arrivée de plus d'un million de réfugiés dans le pays en 2015-2016 avec actuellement 10% des voix.

- "État libre" -

Monika Voland-Kleemann, membre de la CSU âgée de 63 ans, ne se résout pas à ce recul. "La CSU est le seul parti qui n'existe qu'en Bavière et nulle part ailleurs en Allemagne. C'est important et il faut le rappeler aux électeurs!", insiste-t-elle.

Deuxième plus grand Land allemand par sa superficie et la taille de son économie, région affichant le taux de chômage le plus bas, "l'État libre" de Bavière, à l'identité originale, aime rappeler son succès au reste de l'Allemagne.

Tout candidat à l'élection régionale doit se plier aux rituels locaux: discours sous les tentes à bière en tenue traditionnelle et conversation autour d'une pinte avec des électeurs, de préférence en dialecte bavarois.

À 51 ans, Markus Söder, candidat tête de liste de la CSU et actuel ministre-président de Bavière, en a fait sa marque de fabrique. Malgré l'alliance de son parti avec la CDU d'Angela Merkel à Berlin, lui et sa formation n'ont cessé depuis trois ans de critiquer la chancelière sur les migrants, en l'accusant de laxisme.

"La CSU a dû amorcer un virage à droite pour essayer de récupérer des électeurs qui se tournaient vers l'AfD", explique Sudha David-Wilp. Cette stratégie de la tension semble toutefois s’être retournée contre le parti bavarois: elle n'a pas convaincu les partisans de l'AfD et échaudé l'électorat modéré de la CSU, tenté par le vote écologiste.

Face à la poussée de la droite dure "nous défendons une position clairement pro-européenne et humaine à l'égard des réfugiés", dit à l'AFP Ludwig Hartmann, tête de liste des écologistes.

- AfD en embuscade -

Le candidat de l'AfD Wilfried Biedermann attend son heure. La Bavière est l'un des deux derniers Länder, sur seize, où sont parti n'est pas encore représenté au Parlement régional. À 67 ans, il enfile régulièrement culotte de peau bavaroise et chemise à carreaux traditionnelles pour parcourir les rues de Munich.

"Les sondages nous sous-estiment, l'AfD va terminer deuxième et devenir le plus grand parti d'opposition de Bavière", assure-t-il lors d'une réunion électorale, ignorant ostensiblement la dizaine de contre-manifestants venus siffler les discours.

À ses côtés, Michael Gross, 62 ans, désigne l'adversaire principal. "Notre grand opposant, c'est la CSU, parce qu'ils se sont emparés de nos thèmes et sont alliés du gouvernement à Berlin".

En Bavière, l'AfD n'a toutefois pas parlé que des migrants, et a cherché à donner une couleur bien locale à sa campagne. Trompetant un slogan emprunté à Donald Trump, "La Bavière d'abord", Wilfried Biedermann commence son discours sur une question pressante pour les Munichois: "Cette année à la Fête de la bière, le litre se vend 11,40 euros. 11,40 euros! Vous trouvez cela normal, vous?"

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