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Italie: le souverainiste Matteo Salvini hors jeu mais pourrait revenir

Italie: le souverainiste Matteo Salvini hors jeu mais pourrait revenir
Matteo Salvini donne une conférence de presse au siège de la Ligue à Milan, le 27 mai 2019Miguel MEDINA
Italie

La fin de l'expérience inédite pour l'Italie d'un gouvernement incluant des souverainistes constitue un revers cinglant pour le chef de la Ligue Matteo Salvini, qui pourrait cependant transformer son retour à l'opposition en bain de jouvence.

Le ministre de l'Intérieur sortant a eu beau railler un "gouvernement riquiqui", bâti sur l'appétit pour les fauteuils ministériels, il a perdu son pari de provoquer un scrutin anticipé dès l'automne.

"Il a commis une erreur politique plutôt que de timing", analyse pour l'AFP Lorenzo Castellani, professeur de sciences politiques à l'université Luiss de Rome.

M. Salvini pensait jouer sur la surprise en dynamitant le 8 août, en plein été, l'alliance formée avec le Mouvement 5 Etoiles (M5S), mais il a sous-estimé la capacité de réaction du système italien basé sur le parlementarisme, et des partenaires européens de l'Italie.

Il n'a pas vu que s'était mise en place "via des contacts entre les capitales européennes et le président" Sergio Mattarella "une +conventio ad excludendum+, un accord pour l'empêcher de faire le plein des voix et gouverner le pays pendant cinq ans", selon M. Castellani.

Le jour de son éclatante rupture, la Ligue de M. Salvini était créditée de 38% des intentions de vote, quatre points de plus que son record aux Européennes de mai. Il était tombé à 31%/33% ces derniers jours.

L'un de ses bras droits, Gian Carlo Giorgetti, interviewé jeudi par le quotidien Corriere della Sera, estime aussi que "l'erreur fondamentale de Salvini a été de remporter les Européennes. Il est devenu l'ennemi numéro un en Italie et pas seulement".

- Peur des Européens -

Pour le professeur Castellani, M. Salvini a "fait peur aux Européens" quand il a refusé de voter, en dépit d'un accord préalable avec ses alliés des Cinq Etoiles et les grands partis européens, en faveur d'Ursula von der Leyen comme présidente de la Commission européenne.

"Il a raisonné en fonction des pulsions eurosceptiques de son parti et de son électorat en Italie", alors que, même la Hongrie de Viktor Orban, "pourtant bien plus discutable pour ses méthodes de gouvernement" que M. Salvini, approuvait l'élection de Mme von der Leyen.

Les Européens "ont pris peur, ils redoutaient d'avoir à gérer un autre Boris Johnson", il "n'a pas compris le vrai jeu des forces qu'il avait contre lui", selon M. Castellani.

Depuis plusieurs jours, il semble en avoir pris conscience et a fustigé un complot d'un nouvel exécutif entre ses ex-alliés Cinq Etoiles et le Parti démocrate (PD, centre gauche) "formé sur les indications de Paris, Berlin et Bruxelles".

L'expert Castellani a réfuté le qualificatif d'extrême droite pour la Ligue et M. Salvini, malgré ses diatribes contre les "clandestins" ou "les Roms".

"Il est dans la continuité de tous les gouvernements de droite y compris le tout premier de Silvio Berlusconi en 1994 dont faisait partie l'Alliance nationale post-fasciste qui était bien plus à l'extrême droite que Salvini aujourd'hui", souligne-t-il.

- "Il ne lâchera pas" -

Pour le politologue, La Ligue est "un parti de droite avec des pointes de nationalisme, pro-business et dur sur l'immigration comme tout le monde en Europe, y compris en Espagne" en tant que pays bordant la Méditerranée. "Il n'est pas xénophobe, si on l'écrème de la communication sans scrupules de Salvini sur les réseaux sociaux, mais eurosceptique", a-t-il estimé.

En attendant une probable traversée du désert, le Lombard de 46 ans tombé dans la politique tout jeune, avertit déjà qu'il "ne lâchera pas le morceau" et compte bien repartir en campagne: il a annoncé des stands sur les places le week-end du 20/21 septembre et une grande "journée de l'orgueil italien" à Rome le 19 octobre.

Dans les mois à venir, la cote de M. Salvini devrait chuter, selon les politologues et M. Castellani le voit même tomber de 10 points à moins de 20%, car "les Italiens sont cyniques et ils n'aiment pas les petits malins qui s'avèrent perdants".

Mais Maurizio Cacciari, philosophe italien proche de la gauche, lance une mise en garde jeudi dans La Stampa: "Le pacte PD-M5S risque de bénéficier à Salvini. Pour battre le populisme, il faut des idées nouvelles. Sinon on ouvrira grand les portes et on aura les souverainistes au pouvoir pour une ou deux générations".

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