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Italie: nouvelles tractations Ligue-M5S pour dénouer l'imbroglio gouvernemental

Italie

De nouvelles tractations sont ouvertes en Italie entre le Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite), sous l'oeil vigilant du président de la République, pour constituer un gouvernement en mesure de diriger le pays.

Sur les marchés, la tendance à la reprise se confirmait jeudi, la Bourse de Milan gagnant en fin de matinée plus de 1%, au lendemain d'un rebond de 2,09%, tandis que le "spread", l'écart très scruté entre les taux allemand et italien à dix ans, continuait de refluer a 228 points alors qu'il avait dépassé les 300 points lundi.

En accord avec le président Sergio Mattarella, Carlo Cottarelli, l'économiste chargé de former un gouvernement d'experts pour gérer les affaires courantes avant de nouvelles élections, a gelé la formation de son équipe pour laisser le temps aux discussions.

L'idée d'un gouvernement d'union M5S-Ligue avait été abandonnée dimanche soir à la suite du veto spectaculaire de M. Mattarella à la nomination à la tête du ministère de l'Economie et des Finances de Paolo Savona, un économiste favorable à une sortie de l'euro.

Mercredi soir, après une discrète entrevue avec M. Mattarella, Luigi Di Maio a proposé un compromis: garder M. Savona mais à un autre poste et nommer à sa place une personnalité "de la même envergure".

Selon des sources de la présidence, M. Mattarella "étudie avec attention" cette proposition.

"Nous étudions si ce type de raisonnement peut être utile aux Italiens", a réagi dans la soirée le patron de la Ligue, Matteo Salvini, à l'issue d'une journée de bains de foule en campagne électorale en Toscane et en Ligurie.

Assurant qu'il ne vendrait pas sa "dignité pour dix ministères", il s'est dit prêt à repartir mais uniquement avec le programme commun déjà signé et l'équipe proposée dimanche soir, avec éventuellement l'ajout de figures de Fratelli d'Italia, la petite formation d'extrême droite dirigée par Giorgia Meloni.

Lui qui avait encore près d'une dizaine de réunions électorales prévues jeudi en Lombardie a tout annulé en début de matinée pour revenir à Rome.

- "situation surréaliste" -

Même si le chef de gouvernement sortant, Paolo Gentiloni, est toujours en place, deux échéances laissent penser que le temps presse: l'Italie aurait besoin d'un président du Conseil pour la parade militaire de samedi, jour de fête nationale, et pour le G7 de La Malbaie la semaine prochaine au Canada.

Les Italiens semblaient nettement moins sereins: selon un sondage réalisé mardi et mercredi par l'institut Demopolis, 54% des personnes interrogées se déclaraient "inquiètes" de la situation politique, 30% "en colère", 11% "déçues" et seulement 5% "confiantes".

"La situation est surréaliste, chaque matin depuis 88 jours on se réveille et on assiste stupéfait aux pirouettes et aux volte-faces dont nous payons tous un prix, pas seulement économique mais en crédibilité et en confiance", a dénoncé dans un éditorial Mario Calabresi, directeur de La Repubblica.

Dans le même journal, Lupo Rattazzi, un entrepreneur membre de la famille Agnelli, célèbre famille italienne propriétaire de Fiat, a acheté une page entière pour citer des passages du "Plan B" défendu par M. Savona pour sortir de l'euro.

"Avez-vous dit à vos électeurs, surtout à ceux qui vivent de salaires et de retraites (...) que le fameux +Plan B+ comporterait une baisse du pouvoir d'achat dans les deux années qui suivent", profitant seulement aux riches capables d'investir à l'étranger ?, demande-t-il.

En cas de nouvel échec des tractations pour un gouvernement M5S/Ligue, l'équipe Cottarelli est prête, mais aucun des grands partis n'a pour l'instant l'intention de lui voter la confiance au Parlement.

Dans ce cas, la presse italienne se perd en conjectures sur la date des prochaines élections: le 29 juillet ou 5 août pour faire au plus vite ? Ou alors en septembre ou en octobre, au risque de ne pas laisser à la prochaine majorité le temps d'adopter le budget 2019 ?

Pour l'instant, seule la Ligue semble avoir vraiment intérêt à ce retour aux urnes: après avoir obtenu 17% des voix en mars, la formation de M. Salvini était à 23% d'intentions de vote dans la moyenne des sondages de la semaine dernière et continuait de monter, tandis que tous les autres stagnent ou baissent.

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