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Retour tumultueux de la Russie à l'Assemblée du Conseil de l'Europe

Retour tumultueux de la Russie à l'Assemblée du Conseil de l'Europe
L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, à Strasbourg, France, le 26 juin 2011 Frederick FLORIN

Après cinq ans d'absence depuis l'annexion en 2014 de la Crimée, la Russie a fait mardi son grand retour à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), malgré les vives contestations de Kiev qui a claqué la porte de l'hémicycle de cette organisation paneuropéenne de défense des droits de l'Homme et de la démocratie.

En milieu de matinée, les dix-huit membres de la délégation russe ont pris place à l'Assemblée du Palais de l'Europe à Strasbourg, où siège depuis 70 ans l'organisation paneuropéenne. A l'extérieur du bâtiment, une vingtaine de personnes protestaient en tenant des drapeaux ukrainiens et des pancartes demandant: "Keep the sanctions against Russia" ("Maintenez les sanctions à l'encontre de la Russie").

Dès l'ouverture de la séance, les pouvoirs de cette délégation ont été contestés par plusieurs parlementaires. Avant de quitter la salle avec fracas, suivi par d'autres, le chef de la délégation ukrainienne, Volodymyr Ariev, a argué que des parlementaires russes présents à Strasbourg étaient sur "la liste noire de l'Union européenne".

Selon un décompte de l'AFP, quatre font l'objet de sanctions de la part de Bruxelles.

"Je suis déçu par la décision de l'APCE d'approuver sans restriction la participation de la délégation russe", a affirmé le président ukrainien Volodymyr Zelensky sur Facebook, ajoutant avoir essayé de dissuader la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron de soutenir ce retour.

Le chef de la diplomatie ukrainienne, Pavlo Klimkine, a lui jugé la décision de l'APCE "regrettable" alors que la Russie, assure-t-il, n'a pas respecté les conditions requises pour être à nouveau autorisée à siéger.

En Russie, le ton était triomphateur. "C'est un évènement très positif", s'est réjouit le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, assurant que "l'APCE ne peut pleinement fonctionner sans la participation de la Russie" et saluant "la victoire du bon sens".

En signe de protestation, la délégation ukrainienne a décidé de suspendre sa participation aux travaux de l'APCE.

Cet organe, dénué de pouvoirs contraignants, rassemble des délégations de tous les parlements des 47 Etats membres, émet des recommandations ou demande des comptes aux gouvernements en matière de droits de l'Homme et élit les juges de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH), le bras juridique du Conseil de l'Europe.

Le sénateur néerlandais Tiny Kox s'est lui réjoui du retour de ses collègues russes. "Vous étiez absents trop longtemps, c'était une erreur", a-t-il déclaré.

- Election mercredi du secrétaire général -

Dans la nuit de lundi à mardi, les parlementaires de l'APCE ont voté, au terme de neuf heures de débat houleux, un texte qui autorise exceptionnellement des Etats membres à présenter une délégation en cours d'année et exclut la possibilité de la priver de ses principaux droits de vote.

Ce texte a été adopté par 118 voix contre 62 s'y opposant, essentiellement celles de parlementaires ukrainiens, géorgiens, britanniques, polonais et des pays baltes.

La majorité des membres aspirait à sortir le Conseil d'une longue crise ayant pesé sur son fonctionnement, préférant garder la Russie au sein d'une des rares organisations européennes dont elle fait partie.

La crise au sein de l'APCE remonte à l'annexion de la Crimée en 2014. En guise de sanction, l'assemblée avait privé la délégation russe de droits de vote.

En réaction, la Russie a boycotté cette instance et depuis 2017, cessé de payer sa contribution annuelle au budget du Conseil de l'Europe, allant jusqu'à envisager de quitter entièrement l'organisation. Cela aurait privé les citoyens russes de la possibilité de poursuivre leur pays devant la CEDH.

Cette éventualité a finalement convaincu la plupart des pays de traiter ces conflits géopolitiques dans d'autres instances, quitte à mettre à mal la crédibilité de l'APCE déjà éclaboussée en 2017 par un vaste scandale de corruption au profit de l'Azerbaïdjan.

Le futur secrétaire général du Conseil de l'Europe, qui doit succéder en octobre au Norvégien Thorbjørn Jagland, aura la charge d'effacer les stigmates de cette crise, notamment financiers, puisque Moscou a actuellement une dette d'environ 75 millions d'euros, intérêts compris, envers l'organisation.

Son élection par l'APCE aura lieu mercredi et la Russie pourra y participer comme elle le réclamait. Deux candidats sont encore en lice: le vice-Premier ministre belge Didier Reynders et la ministre croate des Affaires étrangères et européennes Marija Pejcinovic Buric.

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