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La Grèce acquiert son premier crématorium malgré l'opposition de l'Eglise orthodoxe

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Au milieu des champs de vignes et de pistachiers, le premier centre funéraire crématoire de Grèce a vu le jour à Ritsona, près d'Athènes, un projet de longue date auquel s'oppose l'Eglise orthodoxe, prédominante dans le pays.

"La Grèce, l'un des derniers pays de l'Union européenne où l'incinération des défunts n'était pas jusqu'ici possible, dispose enfin de son premier crématorium", s'est félicité l'artisan du projet, Antonis Alakiotis, président de la société grecque d'incinération, parlant d'un "événement historique", jeudi devant la presse.

Dans ce pays, où plus de 90% des habitants se proclament orthodoxes, des centaines de familles transportent chaque année la dépouille de leurs proches en Bulgarie voisine, en raison de l'absence de crématorium en Grèce, selon le sexagénaire.

Pendant la crise qui a frappé la Grèce, le recours à l'incinération n'a cessé de croître, notamment en raison du coût plus élevé d'un enterrement.

Dans une enceinte de 11.000 m2 à Ritsona, à quelque 80 km au nord d'Athènes, ce bâtiment moderne tout blanc de 1.500 m2 est opérationnel depuis le 30 septembre et a déjà effectué une trentaine de crémations.

D'un coût de plus de quatre millions d'euros, le centre funéraire a été construit exclusivement avec des fonds privés par la compagnie Crem Services en collaboration avec une société de BTP, dans une zone industrielle, à 12 km de la première habitation.

Antonis Alakiotis a créé en 1996 sa société, membre de l'organisation mondiale d'incinération (ICF), après avoir vécu la mort de son proche ami, dont le corps a dû être transféré en Bulgarie pour y être incinéré, selon ses dernières volontés.

Depuis, cet ancien commerçant s'est battu pour faire pression sur la classe politique et obtenir une législation sur la question, les cérémonies funéraires étant exclusivement gérées par l'Eglise grecque qui respecte le rite orthodoxe de l'enterrement.

Mais dans un pays où l'Eglise orthodoxe prédomine et n'est pas séparée de l'Etat en vertu de la Constitution, légiférer comportait un "risque politique", selon Antonis Alakiotis.

- Pas d'inhumation, pas d'office religieux -

En 2006, une loi autorise finalement l'incinération mais elle était jusqu'ici restée lettre morte, les autorités locales d'Athènes et de Thessalonique, la deuxième ville du pays, n'ayant pas réussi à faire construire de crématorium.

"Les obstacles venaient surtout de la résistance de certains popes locaux ou de la bureaucratie de l'urbanisme", explique Antonis Alakiotis.

Athènes et Thessalonique, qui rassemblent presque la moitié de la population grecque, soit plus de cinq millions de personnes, sont pourtant confrontées à un manque de places pour inhumer leurs morts.

En 2012, un projet de crématorium à Markopoulo, à 50 km d'Athènes, a été annulé après la mobilisation des habitants par un prêtre orthodoxe.

Pour l'Eglise orthodoxe, "l'incinération du corps n'est pas en accord avec la tradition et l'action de l'Eglise, pour des raisons anthropologiques et théologiques", a rappelé en 2014 une circulaire du Saint-Synode, organe suprême ecclésiastique.

"L'Eglise n'accepte pas l'incinération du corps car ce dernier est un temple du Saint-Esprit (...) Celui qui a exprimé l'intention d'être incinéré affirme sa séparation de l'Eglise et donc il n'a pas droit à un office religieux", selon ce texte.

Les Grecs endeuillés redoutent d'être privés d'obsèques religieuses en préférant la crémation à l'enterrement.

Mais, selon une source ecclésiastique ayant requis l'anonymat, même si l'Eglise orthodoxe n'accepte pas l'incinération, la cérémonie religieuse peut toujours avoir lieu. "Le rôle de l'Eglise n'est que pédagogique", affirme cette source à l'AFP.

"L'Eglise est compatissante comme dans les cas de suicide ou de défunt criminel, c'est une question qui doit être réglée entre les pompes funèbres et l'Eglise locale", rassure Antonis Alakiotis.

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