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Le gouvernement italien vole en éclat: Salvini fait tomber la coalition en place

Crise politique en Italie. Après 14 mois de coalition, le gouvernement n'a plus de majorité. Matteo Salvini, ministre de l'intérieur et homme fort du gouvernement, demande des élections anticipées.

Matteo Salvini, l'homme fort du gouvernement italien et chef de la Ligue (extrême droite), a réclamé jeudi des élections anticipées, faisant éclater la coalition populiste et provoquant la colère de son allié du Mouvement 5 Etoiles (M5S) et du chef de gouvernement Giuseppe Conte.

Les médias italiens ont évoqué la date du 20 août pour le vote d'une motion de censure qui ferait tomber le gouvernement, avec une dissolution du parlement dans les jours suivants.


Les accusations de la Ligue

Dans un communiqué diffusé à l'improviste peu avant 18H00 GMT (même heure en Belgique), M. Salvini, vice-Premier ministre de M. Conte, a exigé une convocation immédiate "du Parlement pour prendre acte qu'il n'y a plus de majorité". "Restituons rapidement la parole aux électeurs", a-t-il lancé, après avoir eu deux longues discussions avec M. Conte entre mercredi et jeudi.

Dans la soirée, le "capitaine" a de facto lancé sa campagne électorale lors d'un meeting à Pescara (centre-est). "On nous dit qu'on ne peut pas réduire les impôts. Nous prouverons, si vous nous donnez la force de le faire, qu'il est possible de réduire les impôts aux travailleurs italiens", a-t-il lancé devant des sympathisants en liesse. Il a aussi dénoncé les multiples "non" essuyés de la part de ministres M5S sur l'avancée des grands chantiers, la réforme de la justice, l'autonomie des régions etc...

Matteo Salvini a dénoncé, dans son communiqué, "les insultes répétées à moi et à la Ligue de la part de prétendus alliés", dans une allusion au ministre des Transports, Danilo Toninelli, qui l'a l'avait qualifié de "nain assis sur les épaules de géants". Les crises politiques en Italie ne se produisent généralement jamais en été, encore moins en plein mois d'août, mais Matteo Salvini a estimé que cela n'avait pas d'importance. "Les vacances ne peuvent pas être une excuse pour perdre du temps et les parlementaires peuvent revenir travailler la semaine prochaine, comme le font des millions d'Italiens, à moins qu'ils ne veulent sauver leurs privilèges", a conclu le chef de la Ligue.

Le dernier événement qui a fait exploser la majorité

Toute la journée de jeudi, des consultations ont eu lieu entre le chef du gouvernement Giuseppe Conte et le président Sergio Mattarella et entre MM. Conte et Salvini. Luigi di Maio, l'autre vice-Premier ministre et chef de file du M5S (antisystème) est resté enfermé à "travailler", dans son bureau du Palais Chigi, le siège du gouvernement, sans être convié aux discussions. La crise au sein de la coalition a été déclenchée par le dernier vote de la session parlementaire sur la ligne Lyon-Turin, mercredi. Le M5S s'est retrouvé à voter tout seul une motion contre cette liaison franco-italienne à grande vitesse, tandis que la Ligue apportait son soutien à deux motions de l'opposition en faveur du projet.


Le Mouvement 5 étoiles réagit

Ces attaques ont provoqué la colère de son ex-allié Luigi Di Maio, chef du M5S, également vice-Premier ministre, ainsi que de M. Conte, proche du mouvement. "Ce n'est pas du ressort du ministre de l'Intérieur de convoquer le parlement, ce n'est pas à lui de dicter les étapes de la crise politique", a critiqué M. Conte.

Le chef du gouvernement a intimé à M. Salvini de "venir expliquer aux électeurs qui croyaient à la possibilité d'un changement les raisons qui l'ont amené à interrompre brutalement", l'expérience du gouvernement, alors que la Ligue a obtenu pratiquement tout ce qu'elle voulait. "Ce gouvernement en réalité a toujours parlé peu et travaillé beaucoup. Ce gouvernement n'était pas à la plage", a souligné M. Conte, dans une allusion à une tournée des plages lancée mercredi par Salvini.

La Ligue en position de force

La tension entre les deux ex-alliés gouvernementaux, la Ligue et le M5S, couvait depuis de longues semaines, plus spécialement depuis les élections européennes qui se sont traduites par un triomphe de la Ligue et un échec cuisant pour le Mouvement. Ces élections ont marqué un retournement de situation par rapport aux législatives de mars 2018 qui avaient attribué au M5S plus de 32% des voix et à la Ligue environ 17%. Les Européennes ont vu la Ligue pulvériser toutes les prévisions obtenant plus de 34%, soit environ le double du M5S, tombé à 17% environ. Depuis ce scrutin, tous les observateurs italiens se demandaient combien de temps Matteo Salvini allait accorder au gouvernement de Giuseppe Conte avant de le faire chuter, fort de sondages qui le donnaient à 36/38% des intentions de vote, voire plus, lui permettant potentiellement de gouverner presque seul, ou avec l'appui déjà acquis d'avance du parti néo-fasciste Fratelli d'Italia.

Luigi di Maio, très contesté en interne et peu offensif depuis les Européennes qui faisaient suite à une série de défaites dans des scrutins locaux, s'est contenté d'affirmer que son mouvement "est prêt" à retourner aux urnes. La grande inconnue reste la réaction du chef de l'Etat, M. Mattarella, qui a seul le pouvoir de dissoudre le Parlement, après consultation des présidents des deux chambres et des principaux dirigeants politiques avant de convoquer un scrutin. Or M. Mattarella est notoirement opposé à des élections à l'automne, septembre-octobre, la période où le gouvernement doit préparer le budget de l'année prochaine, en discuter avec Bruxelles et le présenter pour adoption au Parlement.

Selon l'agence AGI, le Sénat pourrait se réunir le 20 août pour décréter la fin de la majorité gouvernementale et le Parlement pourrait être dissous quelques jours plus tard. De nouvelles élections devraient alors être convoquées dans un délai de 50 à 70 jours, selon la Constitution italienne.

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