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Madrid: la foire d'art ARCO s'ouvre sur le retrait polémique d'une oeuvre

Madrid: la foire d'art ARCO s'ouvre sur le retrait polémique d'une oeuvre
Avant l'ouverture de la foire d'art contemporain ARCo à Madrid, le 20 février 2018GABRIEL BOUYS

La foire espagnole d'art contemporain ARCO s'est ouverte mercredi à Madrid avec une polémique après le retrait controversé d'une installation de l'artiste Santiago Sierra évoquant des "prisonniers politiques" catalans.

L'organisateur de la foire, l'entreprise publique Ifema, a demandé à la galerie Helga de Alvear de retirer l'oeuvre en raison de "la polémique provoquée", qui pourrait porter "préjudice à la visibilité de l'ensemble des contenus réunis par ARCOmadrid 2018".

Une "censure", selon l'artiste espagnol, qui a dénoncé sur Facebook une décision portant "sérieusement atteinte à l'image de la foire internationale et de l'Etat espagnol". Pour le directeur d'ARCO Carlos Urroz, cette première est une "très mauvaise décision".

Santiago Sierra, né en 1966, a déjà suscité la controverse comme lorsqu'il avait créé une "chambre à gaz" dans une synagogue ou utilisé des sans-abri, des prostituées, des migrants... pour dénoncer l'exploitation.

L'oeuvre retirée, une installation de 24 photographies, s'intitule "Prisonniers politiques de l'Espagne contemporaine".

Sur les images, on aperçoit la photographie pixellisée de l'ancien vice-président indépendantiste catalan Oriol Junqueras, incarcéré depuis plus de trois mois près de Madrid.

Il expose aussi des photographies de Jordi Cuixart et Jordi Sanchez, deux dirigeants d'associations indépendantistes écroués pour leur rôle présumé dans la tentative de sécession de la Catalogne en octobre 2017.

La série comporte d'autres portraits de personnes condamnées ou mises en cause pour des faits qui, selon l'artiste, sont en lien avec leur idéologie, y compris celle d'un homme poursuivi pour avoir frappé des gardes civils au Pays basque.

Parmi elles, il y a aussi deux marionnettistes un temps poursuivis pour un spectacle où on les accusait d'avoir fait l'apologie du terrorisme en évoquant ETA et Al-Qaïda.

Ifema précise que sa priorité est de permettre aux galeries d'obtenir "un retour sur investissement", vu l'effort déployé.

- 'L'inconnu à venir' -

Mais la décision a enflammé les réseaux sociaux et au-delà. La mairie de Madrid a précisé qu'elle n'approuvait pas la décision prise "car elle défend la liberté d'expression et de création par dessus tout".

Un journaliste catalan a souligné sur Twitter que le même artiste avait pu exposer sans problème l'année précédente une oeuvre où apparaissaient des croix gammées.

L'artiste espagnol a finalement eu le dernier mot: mercredi soir, une porte-parole de la galerie Helga de Alvear a annoncé que l'installation avait été vendue pour 80.000 euros (99.000 dollars) à un acheteur dont elle a refusé de préciser l'identité.

ARCO s'ouvre mercredi aux professionnels, puis de vendredi à dimanche au public. Plus de 200 galeries, issues de 29 pays, y participent.

Cette année, ses commissaires ont choisi d'innover, écartant la traditionnelle exposition autour d'un pays pour lui préférer un thème, le "futur", objet d'une exposition de 19 artistes.

"Les nationalismes sont de moins en moins pertinents dans le monde de l'art. On ne sait plus où sont nés les artistes, où ils ont étudié, où ils travaillent", a expliqué à l'AFP le directeur d'ARCO Carlos Urroz.

Le thème du futur n'est toutefois pas abordé "comme l'inconnu à venir mais comme la conséquence de nos actions d'aujourd'hui", centré sur l'impact des activités humaines sur la nature ou des nouvelles technologies.

La foire se félicite aussi de la richesse des expositions "hors les murs" qui ont envahi Madrid à l'occasion de cette 37ème édition, dont beaucoup consacrées à des artistes latino-américains pour qui ARCO est une vitrine en Europe.

Le ministère espagnol de la Culture a aussi annoncé une importante donation, par la fondation d'Ella Fontanals Cisneros, collectionneuse cubaine qui confiera 3.000 œuvres d'artistes latino-américains à l'Etat espagnol.

La collection aura sa demeure à La Tabacalera, un des temples de l'art urbain à Madrid.

L'Espagne a récemment vécu d'autres débats autour de la liberté d'expression des artistes.

En 2015 le Musée d'art contemporain de Barcelone (MACBA) avait décidé d'annuler une exposition ou figurait une sculpture du roi émérite Juan Carlos sodomisé, à quatre pattes, avant de revenir sur cette décision.

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