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Mondial de rugby: Shaun Edwards, classé secret défense

Le maître de la défense galloise Shaun Edwards est annoncé depuis plusieurs mois comme un des entraîneurs adjoints du XV de France après la Coupe du monde. Mais avant le quart de finale de dimanche à Oita, il n'a toujours pas confirmé.

Mardi à l'hôtel des Gallois, un journaliste français interroge l'arrière Liam Williams sur l'entraîneur qui a fait de leur défense une référence mondiale. Mais il commet une erreur stratégique en mentionnant l'arrivée - supposée - d'Edwards au sein du futur staff des Bleus. L'attaché de presse des Gallois bondit: "cela n'a pas encore été annoncé... s'il rejoint la France un jour". Rire des journalistes gallois, et fin de l'entretien.

Mercredi, nouvel épisode dans le feuilleton, en cours depuis un an, sur l'avenir incertain de cet ex-treiziste anglais, âgé de 52 ans. Réagissant à un article de L'Equipe selon lequel rien de définitif n'avait encore été signé entre Edwards et la Fédération française (FFR), le vice-président de cette dernière, Serge Simon, affirme sur Twitter: "Sois rassuré Shaun, c'était bel et bien ton contrat de travail, et nous sommes très honorés de t'accueillir après cette Coupe du monde."

Si la FFR, qui attend la fin du parcours des Bleus au Japon pour rendre publique la nomination du futur sélectionneur Fabien Galthié et de ses adjoints, semble aussi nerveuse à ce sujet, c'est parce qu'Edwards tergiverse depuis bientôt un an. D'abord annoncé à Wigan, le petit chauve (1,73 m) fait faux bond à son club historique de rugby à XIII en avril et se rapproche alors des Bleus. Poussant son ami Warren Gatland, avec lequel il termine une aventure commune de deux décennies à la tête des Wasps (2002-2005) puis des Gallois (2008-2019), à le sommer publiquement de choisir pour ne pas "distraire" les Gallois en route pour le Japon. Le 2 mai, la Fédération galloise (WRU) annonce son départ... sans préciser sa destination.

- Un palmarès fourni -

Pas étonnant que l'ancienne star du rugby à XIII soit aussi courtisée, vu sa réussite: 4 championnats d'Angleterre (2003, 2004, 2005, 2008) et 2 Coupes d'Europe (2004 et 2007) avec les Wasps, comme assistant de Gatland puis comme entraîneur principal, 4 Tournois des six nations (2008, 2012, 2013, 2019) avec le XV du Poireau. Son secret? La "rush defence", aussi appelée "blitz defence", qui consiste en une montée très agressive sur l'attaque adverse, notamment en coupant les extérieurs (défense inversée).

Quand Edwards présente cette organisation défensive, qui réclame une condition physique et une coordination collective sans faille, aux Gallois début 2008, les joueurs sont sidérés. "Martyn Williams, Jamie Roberts... ils disent tous à quel point le système de défense imposé par Shaun a été un choc absolu pour eux. Ils devaient penser et jouer de façon complètement différente", relate Alex Bywater, reporter à l'agence sportive galloise Westgate.

Le succès est fulgurant: les Dragons réalisent le Grand Chelem cette année-là, pour la première de Gatland et d'Edwards. Depuis, la "blitz defence" a fait des émules au niveau international, notamment chez... Galthié qui tente de l'importer en France.

- Les Bleus aptes? -

Reste à savoir si les Bleus seront physiquement au niveau pour pouvoir appliquer les recettes d'Edwards, plaquer, se relever, reprendre place dans la ligne, plaquer de nouveau... "Sinon, on tient 30, 40 minutes et ensuite on s'écroule. Sans vitesse suffisante, le système s'effondre", souligne Bywater.

Pour le moment, Edwards est toujours bien occupé à aboyer sur les Gallois et les jurons ont de nouveau volé mercredi à Beppu. Les joueurs ne lui en tiennent pas rigueur, bien au contraire.

"J'ai beaucoup appris de lui, c'est un type très intelligent", remercie Gareth Davies, qui lui avait déjà rendu spontanément hommage après son essai sur interception contre l'Australie en poule (29-25).

"Il s'agit de faire le bon choix au bon moment. Je travaille beaucoup avec Shaun Edwards (...) et je lui dois beaucoup de mes essais", avait dit le demi de mêlée, soulignant que l'apport du technicien allait au-delà de la défense. Les Français pourront peut-être en dire autant d'ici quelques mois.

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