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Perpétuité requise contre un Normand pour le meurtre d'un Britannique installé en France

Perpétuité requise contre un Normand pour le meurtre d'un Britannique installé en France
Devant la Cour d'appel de Caen le 3 octobre 2018JEAN-FRANCOIS MONIER

Un homme sans revenu risque la réclusion criminelle à perpétuité jeudi devant les assises à Caen pour le meurtre en 2014 de son voisin, un modeste retraité britannique installé en Normandie à qui il affirme n'avoir voulu que voler de la nourriture.

"La violence des coups plaide pour un déchaînement de violence. Ce n'est pas un coup isolé. C'est quatorze. M. Tenret était véritablement animé de la volonté de tuer", lance l'avocat général Gauthier Poupeau, rappelant les 14 traces de coups relevées sur le crâne de David King, dont certains ont perforé la boîte crânienne.

Le magistrat demande une peine de sûreté de 22 ans et l'inscription sur le fichier judiciaire national des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes (FIJAIS). Le verdict est attendu vers 20H00, après deux jours de procès.

"Je n'ai jamais voulu tuer M. King. Au contraire. J'ai beaucoup de regret. Je ne comprends pas ce qui m'a amené à faire tout ça", assure depuis son box Emmanuel Tenret, 31 ans, s'exprimant tout doucement mais d'un ton presque distant.

Pour la défense, la "faim" est à l'origine de ce meurtre. M. Tenret, dont le casier judiciaire était vierge, était devenu "le plus misérable des hommes (...) Il n'avait pas mangé depuis plusieurs jours" ce 28 octobre 2014, plaide son avocat Hadrien Gillier pour qui l'enquête "n'a pas permis d'établir une intention homicide".

Arrivé à Pierres, commune du Calvados, en 2014, l'accusé reconnaît être à l'origine "du ou des coups" qui ont provoqué la mort de David King. Leur relation était "cordiale", selon la défense.

"J'étais dans le besoin à ce moment-là. J'ai perdu la raison. J'ai vu le congélateur par la fenêtre. Je suis entré par effraction. Malheureusement il (David King ndlr) est revenu plus tôt que prévu", raconte Emmanuel Tenret.

Mais l'accusé "avait toute la latitude" pour fuir de la pièce où il se trouvait, fermée à clé, à l'arrivée de M. King, précise le directeur de l'enquête Jean-Marc Hayes, de la section de recherche de gendarmerie de Caen, contrairement à ce qu'affirme la défense.

Décrit comme "non violent, pas bagarreur, serviable, peut-être un peu flemmard" par ses proches, l'accusé n'avait plus de revenu au moment des faits. Cet homme qui n'a "pas eu la pire des enfances" mais avait connu de "lourdes carences affectives notamment du côté de sa mère" selon son avocat, venait d'épuiser le petit héritage perçu à la mort de son père avec lequel il avait acheté sa "maison" d'une seule pièce.

David King, 71 ans, vivait depuis 15 à 20 ans dans sa maison, plus grande mais modeste. Ancien garagiste, il percevait une retraite d'un peu plus de 300 euros par mois.

- "Vies similaires" -

"David King aurait pu être Emmanuel Tenret tant leurs vies étaient similaires, sauf que M. King, lui, était sociable", estime l'avocate des parties civiles Véronique Demillière-Badache.

David King "était autosuffisant d'un point de vue alimentaire. Sa passion était le jardin. Il aimait faire de la confiture, du fromage et des gâteaux, et en donner à ses amis. Il avait beaucoup d'amis", français comme anglais, témoigne à la barre Sandra Ray, la fille de la victime qui vit en Australie, partie civile avec son frère, absent à l'audience.

"Emmanuel Tenret, lui, a refusé toutes les mains tendues", ajoute l'avocate.

L'accusation lui reproche également un "trou noir" au moment des coups qui ont entraîné la mort, une amnésie "non simulée" selon un expert psychologue, mais auquel l'avocat général "ne croit absolument pas" étant donné "l'absence de pathologie".

Ciseau à bois ou pic-pioche, "la question de l'arme du crime se pose" ainsi toujours, relève l'adjudant-chef Jean-Marc Hayes.

David King avait été porté disparu en novembre 2014 avant que son corps ne soit retrouvé en avril 2015 dans le puits de l'accusé.

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