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Quand l'édition est "un pont" entre la Russie et la France

Quand l'édition est
Des livres exposés à l'ouverture du Salon du Livres, le 23 mars 2017 Porte de Versailles, à ParisLIONEL BONAVENTURE
Russie

"Être éditeur d'auteurs russes aujourd'hui, c'est quelque chose de complètement fou", affirme Marie Renault, fondatrice de Macha Publishing, jeune maison d'édition qui se veut "un pont" entre la France et la Russie au moment où la tension entre l'Occident et Moscou connaît un nouveau regain.

La Russie est l'invitée d'honneur du Salon Livre Paris, le plus grand événement dédié au livre en France, qui ouvre ses portes vendredi dans un contexte pesant après l'empoisonnement d'un ex-agent double russe sur le sol britannique.

Paris a jugé "complètement inacceptable" cette attaque. Moscou clame son "innocence".

Contacté par l'AFP, un des organisateurs du Salon a souligné, sous couvert de l'anonymat, qu'il était "toujours mieux de mettre l'invité d'honneur en première ligne mais que le Salon c'était beaucoup d'autres choses". "Ce que nous voulons mettre en avant c'est d'abord la littérature", a-t-il insisté.

D'origine russe (son grand-père a été rédacteur en chef du journal soviétique Izvestia, sa mère enseignait le russe aux étrangers), Marie Renault, 45 ans, compte à son catalogue une trentaine de titres, la plupart d'auteurs russes.

On trouve des romanciers contemporains, des classiques en bilingue, quelques beaux livres mais aussi des documents sur l'Ukraine, Cuba ou la Syrie qui, selon l'éditrice, permettent "de raconter l'histoire d'un autre point de vue".

Si la plupart des grandes maisons d'édition françaises comptent une collection consacrée aux lettres russes, d'autres comme Macha Publishing ou Louison Editions, toutes deux créées en 2015, ont souhaité aller plus loin en ne publiant quasiment que des auteurs russes.

"Mon souhait est de présenter la Russie d'aujourd'hui par les yeux de ceux qui l'aiment et la connaissent", explique Marie Renault.

Natalia Turine, 53 ans, fille de diplomate russe, co-fondatrice de Louison Editions, a pour sa part "l'ambition de faire découvrir aux lecteurs francophones des auteurs russes libres et insoumis". On trouve notamment dans son catalogue d'une vingtaine de titres "Le cas Pavlenski" de Piotr Pavlenski, artiste radical, honni par le Kremlin, qui s'était notamment cousu la bouche durant le procès des Pussy Riot.

En 2016, Louison Editions a racheté la librairie du Globe, la célèbre librairie russe de Paris, avec l'ambition affichée de créer "un pôle culturel russe en France".

Deux des auteurs de Macha Publishing, Narinai Abgaryan et Piotr Alechkovski, font partie de la délégation officielle d'écrivains russes invités à Paris.

Sur le stand de Louison Editions, on pourra croiser notamment Sergueï Chargounov, 37 ans, un autre auteur de la délégation officielle qui partage son activité d'écrivain avec celle de député (soutenu par le Parti communiste de la Fédération de Russie).

- 'Bienvenue chez les Russes' -

Les écrivains de la délégation russe ne sont pas tous des partisans du président Vladimir Poutine, quasiment assuré d'obtenir un quatrième mandat à l'issue de l'élection présidentielle de dimanche.

Les visiteurs du Salon pourront ainsi rencontrer Ludmila Oulistkaïa, lauréate du prix Médicis étranger en 1996, très critique à l'égard du pouvoir ou encore Zahkar Prilepine, un des plus grands écrivains russes de sa génération, ultra nationaliste, et un des plus farouches opposants au président russe.

Malgré son opposition au régime, Zahkar Prilepine fait partie des auteurs dont l'oeuvre (publiée chez Actes Sud) a été traduite en français avec le concours financier de l’Institut de la traduction, basé à Moscou. Car la Russie compte sur ses auteurs pour améliorer son image en Occident.

"L'intérêt pour la littérature russe n'est pas altéré par ce qu'on entend par ailleurs sur la Russie", se réjouit Marie Renault.

Si Louison Editions privilégie plutôt les auteurs "dissidents", Macha Publishing entend "présenter les auteurs à succès en Russie".

Un des meilleurs titres de la maison est "50 jours avant mon suicide" de Stace Kramer (nom de plume de la jeune Russe Anastasia Kholova), d'abord publié sur le site russe Proza.ru (5 millions d'abonnés) avant de devenir le livre le plus vendu en Russie en 2015 avec quelque 500 000 exemplaires écoulés.

Le dernier titre de son catalogue, "Bienvenue chez les Russes" de Kirill Privalov, ancien correspondant de la chaîne russe NTV à Paris, résume tout entier la philosophie de sa maison d'édition.

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