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Quand un opéra "immersif" tente sa chance avec les mesures sanitaires

 
 

"Merci de garder vos distances": la consigne sanitaire omniprésente est la dernière chose qu'on aimerait entendre dans un opéra immersif. Mais ceux qui viennent d'importer l'expérience de Venise à Paris ont quand même tenté le coup.

A la Fondation Dosne-Thiers, imposante demeure du XIXe siècle dans le 9e arrondissement de Paris, une "Traviata" de Verdi en format réduit --trois chanteurs, trois musiciens--, est proposée jusqu'au 9 juillet devant une trentaine de personnes.

Les interprètes sont à peine à deux mètres de l'assistance, donnant un côté très intime à cette expérience lancée il y a 15 ans dans le palais vénitien Barbarigo Minotto et intitulée "musica a palazzo" (musique au palais).

La soprano Armelle Khourdoïan, qui interprète Violetta Valéry -- une courtisane à Paris dont tombe amoureux Alfredo Germont, avant que leur amour soit contrarié par le père de ce dernier--, entre dans le "salon vert" de la maison et lance des "buona sera" au public.

Elle chante ses arias et ses duos avec Alfredo (le ténor Christophe Poncet de Solages), plongeant son regard dans celui des spectateurs. Tout en chantant, les deux interprètes se servent du champagne dans des coupes dressées sur une table.

Pas besoin de décor puisque le duo évolue dans cette salle richement décorée et ornée de copies de tableaux dont "L'Ecole d'Athènes" de Raphaël, ou encore d'une statuette représentant Napoléon au-dessus d'une cheminée.

- Opéra sans filtre ? -

Mais l'opéra s'avère plus intimiste qu'immersif car l'expérience originale supposait que Violetta invite des spectateurs à une coupe de champagne, que la dispute entre les deux amants se déroule au milieu du public debout, que la courtisane pleure sur l'épaule d'un spectateur ou meure à ses pieds. Une interaction impossible avec les règles sanitaires en vigueur.

"A Venise, les gens entrent tellement dedans, je me souviens de cet Anglais incroyable. Quand Violetta est morte, il a sauté pour l'aider et voir si ça allait, parce qu'il était dans l'histoire. Les gens pleurent et rient vraiment", explique à l'AFP Patrizia Di Paolo, la metteuse en scène. "Il n'y a pas de filtre, les émotions sont explosives".

Mais "on n'a pas hésité (à lancer l’expérience à Paris) car la vie doit continuer et les gens ont besoin de cette injection de joie", poursuit-elle.

L'Italienne se dit également émue que la demeure où se joue l'opéra soit située tout près du cimetière de Montmartre, où repose la courtisane qui a inspiré, à Alexandre Dumas fils, son roman "La Dame aux Camélias". L'adaptation théâtrale avait inspiré à Verdi son célébrissime opéra.

Du côté des interprètes, et malgré l'absence d'immersion, la proximité est suffisante pour leur donner une expérience différente de la scène.

"On sent un petit peu le malaise des gens et en même temps ils sont pris aussi par l'émotion", sourit la soprano Armelle Khourdoïan.

"L’avantage est que je peux aller dans l’extrême dans les pianissimos (morceaux joués très doucement), je peux chuchoter, et (...) on va être plus proche de l'émotion grâce à ça".

Dans le public, Virginie De Meneval, employée de banque, est très émue "d'avoir Violetta juste devant" elle. "En plus j’étais au premier rang, je ne perdais pas une note", dit-elle.

Quant à Pierre Bettinger, directeur commercial d’un domaine de champagne, il a eu "l'impression de vivre l'histoire et l'émotion qu'ils essayaient de faire partager", malgré les contraintes.

"Ils le font avec le regard, avec des gestes inclusifs, c’est très impressionnant. Au début, ça surprend un peu, c’est un peu déstabilisant, mais quand on se laisse prendre au jeu, on est happé par ce spectacle", poursuit-il.




 

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