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Voile: Francis Joyon à l'heure du thé

Voile: Francis Joyon à l'heure du thé
Francis Joyon sur son maxi-trimaran IDEC Sport, à Hong Kong, le 17 janvier 2020Philip FONG

C'est à l'heure du thé, samedi après-midi, que Francis Joyon (IDEC Sport) enverra toute la toile à Hong Kong pour l'ultime défi de sa tournée asiatique: battre le record de la mythique mais piégeuse "Route du Thé", jusqu'à Londres.

Un parcours de 13.000 milles théoriques (24.000 kilomètres) sur lequel, au 19ème siècle, les majestueux clippers se tiraient la bourre pour rapporter les premiers dans la capitale britannique leur précieuse cargaison de thé, dans un commerce qui, avec l'opium, contribua à l'insolent essor de la jeune Hong Kong. Ces clippers mettaient alors une centaine de jours pour accomplir la traversée.

Ces courses au large, qui faisaient même l'objet de paris, tombèrent en désuétude avec l'avènement de la vapeur à la fin du 19ème, un siècle avant que les voileux contemporains ne lui redonnent ses lettres de noblesse.

Voilà deux ans que l'Italien Giovanni Soldini (Maserati) a établi le dernier temps de référence (36 jours, deux heures et 37 minutes) sur une route méconnue du grand public, mais que Joyon considère comme l'une des plus exigentes.

"S'il fallait hiérarchiser les records, ce parcours arriverait en quatrième ou cinquième position", explique-t-il à l'AFP dans le prestigieux Royal Yacht Club de Hong Kong (RHKYC).

- Mer de Chine bondée -

"On mettrait en priorité les tours du monde, les traversées de l'Atlantique. Mais arriverait assez vite ce type de record car c'est un trajet assez long, assez difficile, qui en plus a une référence historique et une référence récente en matière de performance."

Compliqué sur ce sujet de contredire un skipper qui, à 63 ans, les a à peu près tous battus, les records.

Détenteur depuis 2017 du Trophée Jules-Vernes, qui récompense le tour du monde le plus rapide en équipage (40 jours 23 heures), il a aussi détenu deux fois le record en solitaire (2004 et 2008).

Un an après avoir rappelé au monde qu'il savait aussi régater, en s'adjugeant la Route du Rhum au terme d'un final épique contre François Gabart (Macif), le navigateur s'est lancé à l'automne dans un copieux programme de records entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie, avec en dessert, cette "Route du Thé".

Or les écueils sont nombreux sur un début de parcours rarement emprunté par les grandes courses océaniques.

Il faudra d'abord retraverser en sens inverse une mer de Chine méridionale bondée, théâtre en 2018 d'une tragique collision entre un voilier de la Volvo Ocean Race et un bateau de pêche qui avait entraîné la mort d'un pêcheur chinois.

- La pétole du Détroit de la Sonde -

"Il y a énormément d'obstacles", explique Joyon, qui à l'aller, a comme ses quatre équipiers été surpris par la présence de milliers de bateaux de pêche même au large.

"On s'est pris trois fois dans les filets. On a même traversé un véritable village de maisons en bambou construites sur la mer."

Autre piège, la pétole potentielle (absence de vent) dans le Détroit de la Sonde entre les îles de Java et Sumatra, alors qu'IDEC Sport, plus lourd que Maserati, est beaucoup moins taillé pour le petit temps.

"Si une zone de calme se positionne sur le Détroit, le bateau peut-être arrêté un jour, deux jours, trois jours", s'inquiète-t-il. "Comme les grands voiliers de jadis."

Viendra ensuite l'Océan Indien en pleine saison des cyclones. Or chaque cyclone est suivi de zones de calme...

"On va essayer de ne pas prendre de retard sur la première partie du trajet", annonce un Joyon convaincu que le record se jouera "sur la remontée de l'Atlantique", et modeste sur l'objectif.

"Si on fait une minute de mieux que Giovanni, le record sera battu et on sera content", dit-il l'oeil rieur. "Si on fait une minute de plus, on aura perdu".

Difficile là aussi de le contredire.

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