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"Votez non": des milliers de manifestants à Washington contre le juge Kavanaugh

Des manifestants protestent, le 4 octobre 2018 à Washington, contre la nomination à la Cour suprême des Etats-Unis du juge Brett Kavanaugh, accusé d'agressions sexuelles dans les années 1980JIM WATSON

"Ne trahissez pas les femmes, votez non"! Des milliers de manifestants se sont rassemblés jeudi à Washington pour appeler les sénateurs à s'opposer à la nomination attendue à la Cour suprême du juge Brett Kavanaugh, accusé d'agressions sexuelles dans sa jeunesse.

Les protestataires espéraient convaincre des sénateurs républicains, majoritaires à la chambre haute, mais dont certains ont exprimé des doutes, de voter "non" lors du scrutin samedi.

Plusieurs dizaines de manifestants, dont la comédienne Amy Schumer et le mannequin Emily Ratajkowski, ont aussi occupé brièvement un bâtiment adjacent au Congrès, le siège du parlement, avant d'être interpellés.

L'affaire Kavanaugh a éclaté mi-septembre, perturbant une confirmation qui semblait acquise au magistrat conservateur, soutenu par le président Donald Trump.

La semaine dernière, l'une des accusatrices du juge, Christine Blasey Ford, a réaffirmé devant la commission judiciaire du Sénat qu'il avait tenté de la violer lors d'une soirée arrosée au début des années 1980.

Le magistrat nie vigoureusement et un rapport du FBI exonère le juge de ces accusations, a affirmé jeudi le chef républicain de la commission, Chuck Grassley.

Dans la foule, rassemblée devant le bâtiment de la Cour suprême, juste en face du Capitole, des affiches demandaient à la sénatrice Susan Collins, une républicaine modérée: "Ne trahissez pas les femmes, votez non".

"Ma preuve, c'est mon histoire", proclamait une autre pancarte, accompagnée du mot-dièse "Croyez les survivantes". Des victimes de violences sexuelles étaient aussi venues pour raconter leur traumatisme aux parlementaires.

Jessica Cathcart, 24 ans, est venue de Californie, estimant que sa présence était son "devoir en tant que femme et Américaine".

"Je suis une survivante, c'est arrivé au lycée et je n'ai jamais vraiment raconté mon histoire", confie-t-elle à l'AFP. "Quand j'ai vu le témoignage de Christine Blasey Ford et les commentaires, j'ai su que devais venir" pour protester, explique-t-elle.

- "Nous sommes tous des Américains" -

Même sens de la mobilisation pour Angela Trzepkowski, une quinquagénaire venue de l'Etat du Delaware, à l'est de Washington. "Je crois (ce qu'a dit) le Dr Ford, et je pense que Kavanaugh fait partie du club des vieux copains qui vont le protéger dans n'importe quelles circonstances", dit-elle.

Mme Trzepkowski voit dans le rapport du FBI une enquête biaisée: "Ce n'est pas l'enquête ouverte et impartiale que nous avions demandée".

Carolyn Heyman, une avocate de 41 ans venue de l'Alaska avec plusieurs amis, espère ainsi pouvoir parler à la sénatrice Lisa Murkowski, élue républicaine de cet Etat, qui ne s'est jusqu'ici pas prononcée sur son choix définitif.

"Nous voulons lui dire qu'il est important d'écouter les survivantes et d'entendre leur message, mais aussi de nommer à la Cour suprême quelqu'un qui a le caractère approprié", estime Mme Heyman.

Mais pour les partisans de Donald Trump, la confirmation du juge Kavanaugh tombe sous le sens.

"Tout ça, c'est fait pour protéger (le droit à) l'avortement", un sujet de société ultrasensible dans le pays et dont la Cour suprême pourrait se saisir, estime Ben Bergquam, un touriste originaire de Californie qui pense que Mme Ford a menti aux sénateurs.

Dana Madison, une Californienne de 24 ans, souligne le manque de preuves pour corroborer le témoignage de l'accusatrice.

Cette habitante de Berkeley, un fief de la gauche américaine, se dit triste que les manifestants "soient plus intéressés par empêcher les gens de s'exprimer que d'engager un dialogue".

"Nous sommes tous des Américains, et c'est triste que nous soyons si divisés, je déteste ça", dit-elle.

Doreen Robinson, une touriste de 65 ans qui vit dans l'Etat de Washington (nord-ouest), rappelle que "quelqu'un est innocent jusqu'à ce qu'il soit jugé coupable".

"Simplement parce que c'est une femme qui dit qu'elle a été agressée, ça ne fait pas beaucoup", explique-t-elle, estimant que les manifestants "suivent aveuglément une femme qui n'a pas de preuves".

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