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A son procès pour assassinat, le "passé" et le "présent" d'un nationaliste corse

A son procès pour assassinat, le
Le procès d'un nationaliste corse pour l'assassinat en 2011 en Haute-Corse d'un chef d'entreprise membre présumé du gang de la "Brise de mer", dernière exécution revendiquée par le FLNC, s'est ouvertPascal POCHARD-CASABIANCA

"Il y a un passé et un présent": à son procès aux assises de Paris pour le dernier assassinat revendiqué par le FLNC, en 2011, un nationaliste corse n'a voulu mardi ni "condamner" ni "commenter" la lutte armée sur l'île et ce crime dont il se dit innocent.

Pour ce premier jour d'audience, cinq ans jour pour jour après l'annonce par le Front de libération nationale de la Corse (FLNC) de son dépôt des armes pour favoriser une évolution politique, l'accusé de 45 ans Cédric Courbey oppose aux années sombres la "rupture" de 2014, année de "la paix enfin retrouvée" en Corse après quatre décennies d'attentats.

"Ca a été un acte majeur, un geste unilatéral fait pour la Corse", dit d'un accent traînant ce militant nationaliste et indépendantiste, seul dans le box des accusés de la cour d'assises spéciale, compétente pour les crimes terroristes et composée uniquement de magistrats professionnels.

L'assassinat en bande organisée et en relation avec une entreprise terroriste pour lequel il est jugé, celui du chef d'entreprise et membre présumé du gang de la "Brise de mer" Christian Leoni, a eu lieu avant la "concorde". Le 28 octobre 2011, cet homme de 49 ans était abattu par un commando d'au moins deux personnes lourdement armées et cagoulées alors qu'il sortait d'un restaurant de Moriani-Plage, station balnéaire de Haute-Corse.

Le FLNC avait revendiqué cette "élimination physique" un mois plus tard dans un communiqué, évoquant "un acte de justice" et non "une vengeance" en représailles à l'assassinat d'un de ses militants historiques, Charles-Philippe Paoli, le 28 juin 2011.

Proche de ce dernier et parrain de l'un de ses fils, Cédric Courbey avait été mis en cause dans l'assassinat de Christian Leoni plusieurs mois après, quand une expertise avait relié son ADN à celui trouvé sur un branchage, sur le chemin de fuite du commando, un élément à charge que sa défense a en vain tenté d'écarter.

- "Temps trop court" -

Quand il est interpellé en avril 2014 dans un gîte de Corse de Sud, il est en fuite. "Affecté" par la mort de Charles-Philippe Paoli, craignant pour sa vie, Cédric Courbey fait alors "attention à (lui)", donnant "de temps en temps" rendez-vous à sa compagne pour "avoir une vie entre guillemets normale avec elle et (sa) fille", explique-t-il.

Né et grandi sur le continent, à Marseille, il s'était installé à l'âge de 16 ans en Corse, où il se passionne pour l'élevage et la nature. Déclarant toujours le métier d'éleveur, celui qui a aussi dirigé deux sociétés de BTP a été condamné à trois reprises avant les faits pour "association de malfaiteurs terroriste" et détention d'armes, en lien avec le FLNC.

Au président de la cour d'assises qui lui demande si ces condamnations qui lui valent d'être jugé en état de récidive légale ont un lien avec son engagement nationaliste et s'il revendique son appartenance au FLNC, Cédric Courbey répond, laconique: "J'ai été condamné pour ces faits. J'ai fait six ans de prison. Il y a un passé et un présent. Ca fait partie du passé".

Interrogé sur son ressenti de la lutte armée en Corse et de la revendication par le FLNC de l'assassinat de Christian Leoni - le premier depuis le milieu des années 1990 - il est tout aussi taiseux: "Je n'ai jamais condamné ni commenté les actions du FLNC", répète le militant de Corsica Libera, parti du président indépendantiste de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni, qui s'est assis au premier rang du public dans l'après-midi.

"Jamais personne ne revendique son appartenance au FLNC", commente le président. "Que certaines personnes ne le revendiquent pas, je peux le comprendre. Je pense que cinq ans c'est un temps trop court pour que quelqu'un confesse", avance Cédric Courbey.

Un deuxième accusé, Jean-Christophe Albertini, 50 ans, beau-frère de Charles-Philippe Paoli et qui est soupçonné d'avoir fourni des armes, est recherché depuis l'été 2011 et est donc jugé par défaut.

La mère, la veuve et la fille de Christian Leoni se sont constituées parties civiles à ce procès qui doit se terminer le 4 juillet.

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