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Affaire Benalla: Macron reste discret

Affaire Benalla: Macron reste discret
Photo prise le 14 juillet 2018 d'Emmanuel Macron aux côtés de son ancien collaborateur Alexandre Benalla à ParisPHILIPPE WOJAZER

Emmanuel Macron résiste aux appels pressants de l'opposition pour s'exprimer, en attendant de s'expliquer sur l'affaire Benalla et sur la réorganisation de l’Élysée.

Le président est sorti de son silence mardi en tweetant un message de solidarité avec la Grèce, en proie à de violents incendies. Son compte Twitter, habituellement très actif, était mutique depuis jeudi.

"Il travaille" à l’Élysée, où il a notamment reçu, sans caméra, Brigitte Bardot pour discuter de la condition animale, a précisé son entourage.

Il ressortira du Palais mercredi, après le Conseil des ministres, pour se rendre dans les Hautes-Pyrénées où il inaugurera le lendemain les nouvelles attractions touristiques du Pic du Midi. Avant d'effectuer une première visite en Espagne et au Portugal en fin de semaine.

Pendant ce temps, ses plus proches collaborateurs vont se succéder devant les députés et sénateurs pour être interrogés sur l'affaire Benalla, au premier rang desquels le directeur de cabinet Patrick Strzoda et le secrétaire général Alexis Kohler.

Dans ce contexte, il n'est pas souhaitable que le chef de l’État s'exprime, selon plusieurs responsables de la majorité.

"Doit-il s'exprimer devant les Français? Il aura le moment venu à prendre la parole, mais le moment est-il venu? Je ne le crois pas (...) alors que nous sommes dans le temps des enquêtes judiciaire, administrative, parlementaire", a déclaré le député LREM Hugues Renson sur franceinfo.

Le président de l'Assemblée nationale François de Rugy estime, lui, qu'une audition d'Emmanuel Macron par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale "n'aurait aucun sens", le président n'étant "pas responsable devant le Parlement".

Dimanche soir, l'entourage du président avait indiqué qu'il prendrait la parole "lorsqu'il le jugera utile". Et il avait annoncé qu'Alexis Kohler avait été chargé de réorganiser l’Élysée "pour éviter qu'un tel dysfonctionnement se reproduise".

"On pensait que l’Élysée sous Macron était un modèle d'organisation efficace et l'on découvre d'un seul coup des problèmes majeurs de fonctionnement", souligne Bruno Cautrès, du Cevipof.

- "Pouvoir arrogant" -

Emmanuel Macron s'appuie sur une équipe restreinte de proches, qui l'ont accompagné pour la plupart durant la campagne victorieuse de 2017. Outre M. Kohler, 44 ans, le cabinet comprend M. Strzoda, 66 ans, le chef de cabinet François-Xavier Lauch, ou les conseillers Sylvain Fort et Ismaël Emelien.

A l'exception de M. Strzoda, qui a notamment travaillé avec l'ancien Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve, ces collaborateurs, pour la plupart des énarques, ont peu d'expérience des situations de crise.

"Une petite équipe opérationnelle à l’Élysée est une dimension normale et inéluctable de l'exercice du pouvoir exécutif", précise Bruno Cautrès. "Mais on peut s'attendre à une forte réorganisation: le problème n'est pas tant la dérive personnelle d'Alexandre Benalla que la structure qui l'a rendue possible", selon lui.

"On peut donc s'attendre à ce qu'Emmanuel Macron veuille montrer aux Français qu'il change de méthode: moins +impériale+, moins +verticale+, moins +jupitérienne+", avance le politologue.

"La verticalité macronienne assumée a mis à mal l'horizontalité et la proximité. Développer ces dernières dimensions dans les mois qui viennent ne sera pas une tâche facile mais désigne la voie d'une reconquête de l'opinion", estime de son côté Pascal Perrineau, professeur à Sciences-Po, dans Les Échos.

La popularité du chef de l’État atteint son niveau le plus bas depuis septembre 2017, avec seulement 32% d'opinions favorables (- 4 points), selon un sondage Ipsos publié mardi et réalisé juste après le début de l'affaire Benalla.

Pour le porte-parole du PS Boris Vallaud, cette affaire "touche à la pratique du pouvoir". "Un pouvoir arrogant est aujourd'hui rappelé à la réalité de ses obligations démocratiques" et "on jugera le nouveau monde (...) sur les leçons politiques qu'il acceptera - ou non - d'en tirer", selon lui.

"Quelles que soient les suites administratives et judiciaires de cette affaire, il y aura un avant et un après pour Emmanuel Macron", résume Bruno Cautrès.

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