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Après son tweet antisémite, Filoche plaide l'erreur au tribunal

Après son tweet antisémite, Filoche plaide l'erreur au tribunal
Gérard Filoche à Paris le 24 juin 2017 Zakaria ABDELKAFI

Jugé à Paris pour avoir brièvement tweeté un photomontage antisémite qui lui avait valu d'être évincé du Parti socialiste, Gérard Filoche a reconnu mercredi un manque de "vigilance" tout en défendant "une vie entière" dédiée à l'antiracisme.

Le parquet, pourtant à l'origine des poursuites, a demandé la relaxe de l'ancien représentant de l'aile gauche du PS.

M. Filoche, "une personnalité publique avec près de 40.000 personnes qui suivent son compte Twitter", a commis une "inconséquence grave" en tweetant ce montage incontestablement antisémite, a estimé la procureure.

Toutefois, il subsiste à l'issue des débats "un doute" sur l'"intention" de l'ancien trotskiste de provoquer à la haine envers les juifs, a reconnu la représentante de l'accusation, "doute" qui l'a empêchée de requérir sa condamnation pour ce délit.

Tout au long de son procès, Gérard Filoche n'a eu de cesse d'évoquer avec véhémence une "erreur de manipulation", un manque de "vigilance".

Le photomontage qu'il avait tweeté le 17 novembre 2017 avait été diffusé pour la première fois en février de la même année par le site de l'essayiste d'extrême droite Alain Soral, "Égalité et réconciliation".

On y voit Emmanuel Macron bras levés devant un globe terrestre, un bras ceint d'un brassard d'allure nazie orné d'un dollar à la place d'une croix gammée. Le tout sur fond de drapeaux américain et israélien et de photos de l'homme d'affaires Patrick Drahi, du banquier Jacob Rothschild et de l'économiste Jacques Attali, et barré du slogan "En marche vers le chaos mondial".

Alerté par son fils, Gérard Filoche avait retiré son tweet quarante minutes après l'avoir posté. Dans la foulée de condamnations unanimes de la classe politique, le PS avait annoncé son exclusion.

A la barre, M. Filoche, l'un des militants fondateurs de SOS Racisme, a expliqué qu'il était ce soir-là absorbé dans l'écriture d'un livre, "Macron et la casse sociale".

Alors que s'ouvrait le congrès d'En Marche, selon lui "celui de la finance qui va attaquer notre pays", il avait décidé de diffuser ce montage trouvé sur internet.

- "Danger public" -

Il n'aurait vu qu'Emmanuel Macron, bras étendus au-dessus du globe - "c'est son style" - mais pas le second plan - "intolérable" - sans quoi il ne l'aurait "pas envoyé". Sur ce point, la procureure n'est "pas absolument convaincue de sa sincérité".

"Je n'ai pas été vigilant", a assuré M. Filoche, décrivant un photomontage "stupide, complotiste et antisémite" et rappelant ses excuses.

"On ne peut pas soupçonner toute une vie militante en raison d'une erreur de manipulation", a souligné Gérard Filoche qui, agacé par les questions d'une partie civile, a crié au "procès en sorcellerie".

"Je n'ai pas deux visages, je n'en ai qu'un", a-t-il assuré.

Au milieu de plaidoyers répétés contre le capitalisme, l'ancien socialiste a rappelé son passé de défenseur d'indépendantistes algériens ou de militants vietnamiens opposés aux armes chimiques.

Pour les parties civiles - Jacques Attali et plusieurs associations antiracistes - la question de l'antisémitisme de M. Filoche ne se pose pas mais son tweet, en revanche, est bien condamnable.

Elles ont incité les juges à ne pas prendre la même décision que pour Alain Soral. Jugé pour la même publication, il avait été relaxé en mars sur la base d'une jurisprudence récente de la Cour de cassation. Le parquet a fait appel et l'essayiste controversé sera rejugé.

L'avocate de la Licra a amené l'ancien socialiste à reconnaître que son tweet constituait un "danger public" au vu de ses nombreux abonnés.

Plusieurs autres parties civiles ont estimé qu'il a relayé sciemment ce montage. "Vous avez cédé à cette image facile", lui a asséné l'avocat de Jacques Attali.

M. Filoche, qui a depuis publié un "Manifeste contre le racisme et l'antisémitisme" en guise de réponse "définitive" à cette affaire, estime que le PS en a "très clairement" profité pour l'évincer.

"Il ne faut pas, en voulant tirer sur M. Soral, que les balles me traversent", a conclu Gérard Filoche.

Jugement le 12 décembre.

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