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Au lycée pour adultes de Paris, il n'y a pas d'âge pour passer le bac

Au lycée pour adultes de Paris, il n'y a pas d'âge pour passer le bac
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A l'heure où l'école se termine, eux s'installent en classe. Ces élèves pas comme les autres ont entre 18 et 70 ans et étudient au lycée pour adultes de la ville de Paris, un lieu unique où, comme partout, les révisions du bac battent leur plein.

Il est 18H00. Dans l'une des classes de Terminale ES de ce lycée municipal du 14e arrondissement, le cours de maths débute par l'étude d'une fonction. "Alors, ça avance les révisions ?", lance la prof aux élèves, sagement installés derrière leurs pupitres, d'où émergent quelques cheveux gris.

A 59 ans, Corinne Cahour n'a qu'un objectif: décrocher son bac. Cette cheffe monteuse free-lance depuis 25 ans, se décrit comme une "éternelle étudiante". "J'ai toujours travaillé et pris des cours en parallèle. Là, j'arrive en fin de carrière, et j'aimerais suivre une double licence en histoire de l'art et archéologie", explique-t-elle. Pour mener à bien ce projet, il lui faut impérativement obtenir le fameux sésame.

Voir sa fille passer le bac il y a deux ans a aussi été un "déclencheur". "Ça me filerait les boules qu'elle l'ait eu, et pas moi !", s'amuse cette énergique quinquagénaire, tout en redoutant les jours de révision à venir, qui s'annoncent "titanesques".

"Le taux de réussite tourne autour de 70% selon les années", explique Françoise Noël-Jothy, proviseure depuis douze ans de ce lycée unique en son genre. Financé par la ville de Paris, il accueille quelque 300 élèves, de la Seconde à la Terminale, qui doivent débourser 130 euros par an pour suivre des cours en semaine, de 18H à 22H.

Ces élèves, qu'on nomme ici des "auditeurs", se répartissent en deux catégories, explique la cheffe d'établissement: "les plus jeunes, qui se sont essayé aux réalités professionnelles et ont réalisé que c'était plus difficile sans diplôme; et les plus âgés, qui ont toujours regretté de ne pas avoir passé le bac et veulent prendre une revanche. Ceux là s'accrochent particulièrement".

La plupart "cumulent trois vies: privée, professionnelle et scolaire".

- Le "Saint Graal" -

Les professeurs - le plus souvent sous contrat à l'Education nationale - mettent en place une pédagogie qui se veut "adaptée" à ces profils atypiques: "ils s'appuient sur leurs diverses expériences pour débuter un cours", relève la proviseure.

"A l'approche du bac, on sent nos élèves très stressés, très émotifs. Beaucoup jouent leur avenir professionnel", souligne Alexandre Melissopoulos, professeur de physique-chimie dans le lycée depuis une vingtaine d'années. "Notre rôle, c'est de les encourager et les rassurer".

Comme dans les lycées classiques, cette période de l'année est aussi celle des conseils de classe: "on étudie les niveaux de chaque élève, on rédige les bulletins", indique l'enseignant.

A 23 ans, Enekeye Boayekaho, qui a redoublé sa Terminale, espère bien cette année décrocher un bac S. Le "Saint Graal" pour ce jeune Camerounais, arrivé en France il y a quatre ans. "Je veux devenir ingénieur en intelligence artificielle, j'ai obtenu une place à la fac de Versailles sur Parcoursup (la plateforme d'enseignement supérieur). C'est la dernière ligne droite...", déclare le jeune homme, qui alterne le sport et des exercices de sophrologie pour diminuer la pression et les troubles du sommeil.

Jean-Raymond Alcime, chauffeur de taxi de 49 ans, révise, lui, "dans sa voiture, entre deux clients". Originaire d'Haïti, il avait arrêté l'école en Sixième dans son pays, à son grand regret. Depuis quatre ans au lycée pour adultes, il étanche sa soif de savoirs et ne rechigne pas à la tâche malgré des journées à rallonges, qui commencent à 5H et se terminent à 23H.

"Mes filles me disent que je suis fou, mais plus j'étudie, plus j'aime ça!", lance-t-il. Avoir le bac serait "sa plus grande fierté". Mais s'il échoue cette année, il le repassera l'an prochain, assure-t-il.

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