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Bioéthique et PMA: le casting du débat à l'Assemblée

Bioéthique et PMA: le casting du débat à l'Assemblée
Des échantillons de sperme conservés dans des cuves d'azote liquide au Centre d'étude et de conservation des oeufs et du sperme (CECOS) à l'hôpital Femme-Mère-Enfant de Lyon le 25 Mars 2010PHILIPPE DESMAZES

Un bataillon de députés LREM en pointe et trois ministres, face à des troupes LR aguerries: chaque camp a fourbi ses arguments en vue des joutes sur le projet de loi ouvrant la PMA aux couples de femmes et femmes seules.

Trois ministres spécialistes

Le chef du gouvernement Edouard Philippe les présente comme "trois ministres d’exception, une médecin, Agnès Buzyn, une juriste, Nicole Belloubet et une scientifique, Frédérique Vidal". Respectivement à la Santé, la Justice et la Recherche depuis le début du quinquennat, ces femmes issues de la société civile, devenues des politiques éprouvées, vont se relayer au banc du gouvernement.

Agnès Buzyn tient le haut de l'affiche du fait de sa compétence sur la majorité des sujets du projet de loi: procréation médicalement assistée, conservation des ovocytes, don d'organes, interruption de grossesse, diagnostic préimplantatoire... Elle ne se prive pas de partager son expérience à l'hôpital, au contact des familles, et donne chair à certaines problématiques du projet de loi.

Une équipe pilote plurielle

Le groupe des "marcheurs" a constitué une "task force" avec deux chefs de file, Aurore Bergé et Guillaume Chiche, et pas moins de six rapporteurs, dont un MoDem et un socialiste, signe de la recherche d'un consensus le plus large possible.

Les rapporteurs - Jean-Louis Touraine, Coralie Dubost, Hervé Saulignac, Philippe Berta, Jean-François Eliaou, Laëtitia Romero Dias - font l'interface avec le gouvernement. M. Touraine (LREM), ex-socialiste engagé de longue date sur les sujets sociétaux, a proposé d'ouvrir davantage l'accès aux origines ou encore d'autoriser que dans un couple de femmes, l'une puisse recevoir les ovocytes de l'autre. Il n'a pas été suivi par le gouvernement... ni ses collègues. La "marcheuse" Coralie Dubost a elle oeuvré pour faire évoluer le dispositif prévu de filiation des enfants de couples de lesbiennes, avec succès.

Le duo Bergé-Chiche, d'accord sur l'essentiel, n'a pas toujours parlé d'une même voix, par exemple sur l'idée - écartée - d'une légalisation de la PMA post-mortem. L'une est une transfuge juppéiste, l'autre issu du PS.

Ceux qui veulent aller plus loin

Au nom de "l'égalité" et des "mêmes droits" pour toutes les femmes, la quasi-totalité des députés LREM sont favorables à l'ouverture de la PMA, promesse du candidat Emmanuel Macron.

C'est même l'un des chevaux de bataille de Laurence Vanceunebrock-Mialon, qui a eu deux filles avec son ex-compagne grâce à des PMA en Belgique. Avec notamment Raphaël Gérard, un autre "marcheur" ouvertement gay, elle porte des propositions pour que les enfants issus d'un don puissent avoir des informations sur d'autres enfants issus du même donneur ("sibblings"), ou en faveur de la PMA pour les transexuels. Dans cette bataille pour aller plus loin, ces élus peuvent compter sur l'appui de certains socialistes, insoumis ou l'ex-LREM Matthieu Orphelin.

Certains dont Aurélien Taché ne cachent pas être favorables à une "gestation pour autrui (GPA) éthique", à titre gratuit et sans "dérive" vers une "marchandisation des corps". Ce sujet est absent du projet de loi et ses partisans LREM ne devraient pas le proposer dans l'hémicycle, pour ne pas enflammer les débats.

Versus les conservateurs qui s'assument

Lors de la bataille sur le mariage pour tous en 2013, ils avaient ferraillé à coup de milliers d'amendements: les membres de l'Entente parlementaire pour la famille, à droite, n'entendent pas rendre les armes contre l'ouverture de la PMA, malgré leurs effectifs nettement diminués par rapport à la dernière législature. Les piliers LR Xavier Breton, Patrick Hetzel, Philippe Gosselin, Annie Genevard et le jeune Thibault Bazin mettent en garde contre une société guidée par le "désir individuel", sans considération pour "l'intérêt supérieur de l'enfant", et ouvrant la voie à la gestation pour autrui (GPA) qu'ils réprouvent.

A leurs côtés, d'autres opposants déterminés comme Agnès Thill, exclue de LREM pour ses "propos polémiques" et "pernicieux" sur la PMA, Emmanuelle Ménard (app. RN) et aussi Pascal Brindeau (UDI et indépendants).

La plupart des groupes politiques ne sont pas unanimes. Une poignée de LR dont Maxime Minot ont déjà annoncé leur vote pour.

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