Brésil: l'attentat contre Bolsonaro pourrait l'aider dans les urnes

Jair Bolsonaro, candidat de l'extrême droite à la présidentielle au Brésil, a remercié tous ses soutiens depuis son lit d'hôpital de Sao Paulo après l'attentat qui a failli lui coûté la vie mais l'a peut-être rapproché du Palais du Planalto à Brasilia.

Le député a remercié depuis son compte Twitter "du fond du coeur, Dieu" et tous ceux qui l'ont aidé "à rester sur Terre" après l'attaque au couteau subie quand il faisait campagne dans le Minas Gerais (sud-est).

Le favori du premier tour de la présidentielle du 7 octobre a été opéré d'urgence et transporté vendredi à l'hôpital Albert Einstein de Sao Paulo, dans une unité de soins intensifs.

M. Bolsonaro, 63 ans, "va rester en observation au moins 48 heures, en raison de la gravité de son état", a déclaré Major Olimpio, député de son Parti libéral social (PSL). Le candidat a souffert de plusieurs perforations de l'intestin et d'une importante hémorragie interne.

Son assaillant, un ancien militant du parti de gauche PSOL, a affirmé avoir agi "sur l'ordre de Dieu". De nombreux soutiens de M. Bolsonaro se disaient convaincus que le Parti des Travailleurs (PT gauche) de l'ex-président Lula avait orchestré cette attaque.

Le clan Bolsonaro a rapidement exploité politiquement les événements.

"Un message pour ces bandits: ils viennent d'élire le nouveau président, et ce sera fait dès le premier tour", a lancé l'un des fils du député, Flávio Bolsonaro, après s'être rendu à son chevet dans la nuit de jeudi à vendredi.

Il a également posté sur Twitter une photo de son père, tout sourire sur son lit d'hôpital malgré une sonde à oxygène, le pouce en l'air, avec le message: "Jair Bolsonaro, plus fort que jamais!".

Ce dernier n'a pas disparu de la scène politique. Bien au contraire, on ne l'a jamais autant vu.

Dans une vidéo choc tournée dans la nuit, allongé sur son lit d'hôpital et visiblement souffrant, il remercie Dieu et ses chirurgiens. L'ancien capitaine de l'armée se désole aussi de ne pas assister comme chaque année au défilé militaire à Rio ce vendredi, jour de l'Indépendance au Brésil.

"Mais nous y serons avec le cœur et l'esprit, plaçant toujours le Brésil au-dessus de tous et Dieu au-dessus de tout", a-t-il affirmé, reprenant son slogan de campagne. La vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux.

- Supporters galvanisés -

Cet attentat devrait bénéficier politiquement au favori du premier tour, qui était déjà solidement installé à la 1ère place, avec 22% des intentions de vote, après l'invalidation de l'ex-président Lula, incarcéré pour corruption.

Le dernier sondage montrait aussi que ce nostalgique de la dictature (1964-1985) serait battu dans presque toutes les configurations au 2e tour.

Jimena Blanco, analyste chez Verisk Maplecroft, a estimé que "l'attaque contre Bolsonaro, qui avait déjà renforcé son avance après l'exclusion de Lula, va avoir un impact direct sur les intentions de vote".

Elle devrait "permettre de faire baisser le taux élevé de rejet" du candidat, qui est de 40%, et "lui apporter davantage de soutien", dit-elle.

Mais l'attentat risque aussi de polariser encore la vie politique.

"Pour l’électeur de Bolsonaro, cet attentat est un appel à la lutte", dit à l'AFP Mauricio Santoro, politologue à l’Université de Rio de Janeiro.

"Ça va le mettre dans une posture plus agressive avec le risque de voir une vague de violence dans la rue entre les militants de Bolsonaro et ceux de la gauche".

L'absence de Bolsonaro de la campagne pendant au moins une dizaine de jours ne devrait pas l'handicaper outre mesure.

Ses 8,5 millions d'abonnés sur Facebook, Twitter ou Instagram - bien plus qu'aucun autre candidat - sont galvanisés et vont maintenir la flamme, sous la houlette des fils de M. Bolsonaro, très impliqués.

"Le fait qu'il ait été poignardé va renforcer le soutien de ceux qui prônent une politique sécuritaire musclée", avec une libéralisation du port d'arme, ajoute Mme Blanco.

En outre, "les autres candidats vont aussi s'abstenir de lancer des attaques politiques frontales, au moins tant que Bolsonaro sera hospitalisé".

C'est ce qu'ils ont déjà fait, retirant les spots télévisés dans lesquels ils décochaient leurs flèches contre le député d'extrême droite.

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