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Dans la prison de Fresnes, vivre à trois dans 9m2

La prison de Fresnes (Val-de-Marne) a longtemps été un modèle après son ouverture en 1898. Mais aujourd'hui plus de 2.600 détenus sont entassés dans cet établissement pénitentiaire qui ne compte que 1.300 places: c'est l'un des plus surpeuplés de France et aussi "le plus vétuste".

Dans la cellule de 9m2, trois lits sont superposés: le plafond haut permet au moins d'éviter les matelas au sol. Des serviettes sèchent, nouées aux barreaux. Des casseroles et des aliments sont entreposés sur un petit meuble. Il y a un coin pour les toilettes.

La cellule avait été conçue pour un détenu, mais dans certains quartiers de la prison, ils sont trois dans la pièce exiguë. Il est même arrivé que quatre prisonniers doivent cohabiter. A chaque étage, il y a 120 détenus mais seulement six douches et un surveillant.

A Fresnes, le taux de surpopulation est de 204%, l'un des plus élevés de France. Au niveau national, il y a plus de 70.000 détenus pour moins de 60.000 places, mais avec de fortes disparités: il n'y a ainsi pas de surpopulation dans les établissements pour les longues peines.

La ministre de la Justice Nicole Belloubet, qui a promis 7.000 nouvelles places d'ici à 2022, devait présenter jeudi la carte des prisons qui seront agrandies ou construites. Contre la surpopulation, elle veut par ailleurs réformer le système des peines, avec notamment une interdiction des courtes peines.

"Fresnes détient un triste record", explique Laurent Ridel, directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris: c'est l'établissement pénitentiaire "le plus vétuste de France et l'un des plus encombrés".

"Fresnes a ouvert en 1898 et depuis, il n'y a pas eu de restructuration importante. La surpopulation accélère le vieillissement de la structure", renchérit le directeur de la prison, Philippe Obligis. Chose rare: même la maison d'arrêt pour femmes est en surpopulation (150%).

- "Bouffée d'oxygène" -

Le nombre beaucoup trop élevé de détenus "perturbe le fonctionnement" de la prison, déplore le directeur. "Cela crée de l'attente pour tous les mouvements, par exemple pour les parloirs ou lors des visites des avocats. Il y a un effet boule de neige: cela peut créer des tensions et des incidents". Les surveillants n'ont jamais de répit.

Rencontré dans sa cellule, un détenu explique que pour lui la priorité, c'est de "rénover". "Et il y a trop de monde en promenade", raconte-t-il.

Un rapport il y a deux ans évoquait 25 détenus dans des cours de 45 m2. Mais ce prisonnier estime que ça se passe "plutôt bien pour lui": il s'entend bien avec ses voisins de cellule et il a réussi à trouver une formation de gardien d'immeuble. Tous les détenus ne peuvent pas en dire autant.

A Fresnes, environ 640 travaillent. Il y a une liste d'attente, comme pour le sport.

Pour la députée LREM Yaël Braun-Pivet, la présidente de la commission des Lois de l'Assemblée nationale, qui a visité la prison mercredi avec une vingtaine d'autres élus, "la surpopulation freine les projets, comme la formation et le travail". "Or cela permet d'occuper et donc d'apaiser les détenus, qui gagnent de l'argent pour indemniser les victimes, se réhabituent aux règles. Cela donne du sens à la peine et encourage la réinsertion", explique-t-elle.

Comme d'autres responsables d'établissements pénitentiaires en région parisienne, M. Obligis attend avec impatience la réouverture début 2019 de la prison de la Santé, dans la capitale. Il espère que Fresnes perdra 300 détenus. "Une bouffée d'oxygène."

Des travaux d'urgence ont commencé pour les réseaux d'eau et d'électricité, ainsi que pour le chauffage et la toiture. En juin, la chancellerie a annoncé la rénovation "complète" de la prison, des travaux estimés à environ 270 millions d'euros. On ne sait pas encore quand ils démarreront.

Fresnes était infestée de rats, ce qui avait valu à l'Etat d'être condamné. Le phénomène a régressé, grâce aux opérations de dératisation menées chaque mois.

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