Frédérique Vidal juge "intolérable" le bizutage subi par des étudiants infirmiers toulousains

Frédérique Vidal juge
La ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, le 11 juillet 2018 à l'Elysée à ParisBertrand GUAY
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La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a jugé "intolérable" le bizutage subi par 250 élèves infirmiers et a apporté tout son soutien à l'enquête interne ouverte par le CHU de Toulouse, a-t-elle annoncé vendredi dans un tweet.

"Ce type de pratique dégradante est intolérable", a déclaré la ministre de l'Enseignement supérieur. Elle a annoncé apporter son "soutien au CHU de Toulouse qui ouvre une enquête interne après des actes de bizutage sur 250 nouveaux étudiants d'IFSI" (Institut de formation en soins infirmiers).

Mercredi après-midi, l'ensemble des étudiants infirmiers de première année avait été soumis à un "bizutage de grande ampleur" alors qu'ils étaient réunis dans un amphithéâtre, selon un communiqué de la CGT CHU Toulouse.

Attachés par deux avec du scotch, "certains les mains entre les jambes d'autres", les étudiants avaient été ensuite aspergés à l'extérieur avec divers produits : "de l'eau, des oeufs, de la farine, jusque-là ça allait", détaille une étudiante interrogée par l'AFP.

"Puis c'était le ketchup, le vinaigre, la betadine, la mousse à raser, l'ail, la pâtée, des copeaux de litière pour lapin, la soupe de poisson...". Un mélange "puant" qu'un lavage intégral et trois shampoings n'ont pas totalement effacé. "Je me sentais sale dans tous les sens du terme", confie-t-elle.

Certains étaient aussi obligés de porter des couches sur la tête, quand d'autres, surtout des filles, se voyaient écrire "bizut" sur la poitrine. Selon la CGT, des étudiants tentant de quitter le groupe ont été empêchés de partir.

"Plusieurs étudiantes ont mal vécu cette situation" qui a duré plus d'une heure, explique la CGT, rappelant qu'une opération de bizutage semblable s'était aussi déroulée l'année précédente et que "rien n'avait été fait" par l'institution.

Les jeunes filles, dont certaines étaient encore mineures, "tremblaient, d’autres ont clairement déclaré avoir été humiliées publiquement".

- "L'école nous interdit de parler" -

"C’était une ambiance d'humiliation. Il y avait vraiment un truc de domination", confirme à l'AFP Célia, dont le prénom a été changé. "Ce n'était pas une situation réciproque, comme par exemple une grande bataille de lancer d’œufs entre promos".

"On n'arrêtait pas de nous dire +Nous on en a mangé plein la gueule l’année dernière, vous allez manger cette année et vous vous vengerez sur les autres l’année prochaine+", détaille-t-elle.

La jeune fille, "sidérée" au moment des faits, "ne savait pas quand ça allait s'arrêter". "On était épuisé émotionnellement, dans un état second pour la plupart".

"C’est impossible qu’une seule personne dans l’école n’ait pas été au courant, vu le bruit que ça faisait", accuse-t-elle, "Comment l'IFSI a pu tolérer ça alors que depuis trois jours on n’arrête pas de nous parler des valeurs du soignant, de l’empathie, du respect ?".

"Terrorisée", la jeune fille a choisi de cacher son identité car elle affirme que la direction leur a interdit de parler de l'événement à la presse, mais aussi à leur propre famille, ainsi que de publier des photos sur les réseaux sociaux.

"Ils essayent de savoir qui parle. On nous dit +attention, vous savez ça peut avoir des conséquences+", confie-t-elle, désormais en colère.

Contacté par l'AFP, la direction du CHU "dément cette information, qui serait contraire à la loi" ainsi qu'aux "valeurs hospitalières et soignantes". Elle a rappelé s'être engagée pour que "la lumière soit faite sur cette situation"

Dans un communiqué transmis samedi à l'AFP, le CHU de Toulouse affirme avoir rappelé aux étudiants que "les manifestations d'intégration et de type bizutage étaient strictement interdites par le règlement de l'établissement".

Il assure que "les événements du 5 septembre ne sont pas conformes aux valeurs hospitalières de l'établissement" et a ouvert une enquête interne.

A partir des premiers éléments de cette enquête, "des entretiens seront conduits par la direction du CHU" dès lundi prochain, promet l'établissement.

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