L'état de santé de Tariq Ramadan est-il compatible avec sa détention ?

L'état de santé de Tariq Ramadan est-il compatible avec sa détention ?
L'islamologue suisse Tariq Ramadan, lors d'une conférence à Bordeaux, le 26 mars 2016MEHDI FEDOUACH

Pour contester son incarcération, Tariq Ramadan a fourni des certificats établis à Londres et à Genève faisant état d'une sclérose en plaques et d'une neuropathie mais un expert médical judiciaire, qui les a contestés, a jugé son état de santé "compatible" avec une détention provisoire.

Dès son arrivée à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne) le 2 février, après sa mise en examen pour viols par trois juges d'instruction, l'intellectuel musulman de 55 ans s'était plaint de crampes, fourmillements et picotements, selon une source proche du dossier.

"Depuis son arrivée ce patient présente des douleurs insupportables des membres inférieurs avec des troubles sensitifs permanents", écrivait le 13 février un médecin de la prison de Fleury-Mérogis, dans un certificat médical dont l'AFP a eu connaissance. Jugeant insuffisants les traitements disponibles dans l'établissement, le généraliste concluait que l'état de santé du théologien suisse était "incompatible avec la détention".

Deux jours plus tard, Tariq Ramadan obtenait une ambulance pour se rendre devant la cour d'appel de Paris, chargée d'examiner une éventuelle alternative à sa détention. Sa défense avait aussi produit des certificats médicaux rédigés, après son incarcération, par son neurologue de Genève et par des médecins de Londres, où il réside alternativement.

Ces attestations évoquent une sclérose en plaques et une neuropathie (affection de nerfs moteurs et sensitifs) périphérique non identifiée, dont les premiers symptômes auraient été diagnostiqués au Qatar en 2014.

Dans ses conclusions de 18 pages rendues lundi, le neurologue désigné pour une expertise indépendante pointe des incohérences dans les certificats de ses confrères, selon des sources proches du dossier. "Le diagnostic de ces pathologies à ce jour reste incertain", juge-t-il. Mais la défense fait valoir que l'expert n'a pas eu accès au dossier médical complet.

"L'état neurologique clinique et le questionnement diagnostique ne sont pas incompatibles avec une détention et peuvent être menés en ambulatoire", conclut aussi l'expert. D'autant que ces maladies "ne peuvent en aucun cas s'aggraver brutalement".

Maladie dégénérative du système nerveux, la sclérose en plaques est incurable mais son évolution peut être ralentie pendant plusieurs années.

L'expert estime néanmoins nécessaire de réaliser "un bilan neurologique complet et sérieux qui n'a pas été fait depuis les années que semblent durer les troubles allégués".

Au lendemain de cet examen, Tariq Ramadan, qui se plaignait de graves fourmillements dans les jambes, a été hospitalisé le 16 février et pendant quatre jours.

Une source proche du dossier a expliqué à l'AFP que le compte-rendu d'hospitalisation conclut en faveur de douleurs neuropathiques accrues pouvant être liées à "des facteurs psychologiques" liés à la détention ou à l'arrêt de soins pratiqués habituellement, dont des massages et du streching.

"Les éléments en notre possession concernant les diagnostics de sclérose en plaques et neuropathie ne sont pas suffisants pour remettre ces diagnostics en cause", rapporte le neurologue de l'hôpital. Il n'a cependant identifié au cours de l'examen aucun élément démontrant une "poussée de sclérose en plaques".

Lundi soir, Tariq Ramadan est retourné en prison, où un psychiatre a diagnostiqué le lendemain un "syndrome anxio-dépressif grave" qui nécessite un "traitement d'antidépresseurs", dans un certificat "délivré à la demande de Monsieur Ramadan" et dont l'AFP a eu connaissance.

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