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La Macronie fait bloc autour de Richard Ferrand mis en examen

La Macronie a fait bloc jeudi autour d'un de ses piliers, Richard Ferrand, dont la mise en examen pose la question de son maintien à la présidence de l'Assemblée nationale.

M. Ferrand, qui a reçu le soutien du président Emmanuel Macron et d'Edouard Philippe, est "combatif" et "au travail", a indiqué son entourage à l'AFP.

Le chef de l'Etat lui maintient "toute sa confiance", avait déclaré la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, dès le début de matinée.

C'est "un homme loyal, droit, qui a un parcours politique exemplaire", a-t-elle insisté en demandant de respecter "la présomption d'innocence".

Sur TF1 jeudi soir, le Premier ministre a exprimé son "amitié réelle" et son "soutien total" à Richard Ferrand, estimant qu'il pouvait "continuer à assurer la présidence de l'Assemblée nationale dans de bonnes conditions". Le chef du gouvernement s'est également dit confiant "dans sa capacité à faire valoir son innocence lorsque il pourra le faire devant un tribunal".

Selon une source proche du dossier, M. Ferrand avait reçu dès la nuit de mercredi à jeudi des coups de téléphone de soutien du président de la République puis d'Edouard Philippe, dans la voiture qui le ramenait de Lille.

L'élu du Finistère âgé de 57 ans venait d'être mis en examen par un juge de la capitale des Hauts-de-France, après près de quinze heures d'interrogatoire.

M. Ferrand, qui conteste toute irrégularité, est soupçonné de "prise illégale d'intérêts" après que les Mutuelles de Bretagne, qu'il dirigeait à l'époque, ont décidé en 2011 de louer des locaux commerciaux appartenant à sa compagne. Cette dernière a été placée jeudi soir sous le statut de témoin assisté pour "complicité de prise illégale d'intérêts et recel" après avoir été entendue toute la journée par les trois juges lillois en charge de l'enquête, a annoncé à l'AFP le parquet de Lille.

La procédure portée par l'association Anticor, partie civile, reprend le fil d'une première enquête lancée en juin 2017, après des révélations du Canard enchaîné qui avaient poussé M. Ferrand à quitter le gouvernement après un mois à peine. Elle avait été classée sans suite par le procureur de Brest en octobre suivant. Le parquet avait invoqué la prescription pour la prise illégale d'intérêts, et jugé que les infractions d'abus de confiance et d'escroquerie n'étaient pas constituées.

La mise en examen d'un président de l'Assemblée nationale en cours d'exercice est une première. M. Ferrand y a réagi aussitôt en se disant "déterminé à poursuivre (sa) mission". Il a également assuré "rester serein sur l'issue de la procédure, au regard du classement sans suite de l'ensemble des griefs de la première plainte (...), d'autant plus qu'aucun élément nouveau n’a été versé à ce dossier dans lequel il n’y a ni préjudice ni victime".

L'exécutif a fixé comme règle au début du quinquennat qu'un ministre mis en examen doive quitter le gouvernement. Mais en tant que président de l'Assemblée, M. Ferrand n'y est pas soumis, plaide-t-on au sommet de l'Etat.

"Il n'y a pas de logique politique" à ce qu'il démissionne, a plaidé Sibeth Ndiaye, car "un membre du gouvernement est nommé, un parlementaire est élu; quand on est président de l'Assemblée nationale, on est élu deux fois".

- Pilier de la campagne -

Dans l'opposition, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure et le président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan ont appelé à sa démission, contrairement à plusieurs responsables du Rassemblement national.

Christian Jacob, candidat à la présidence du parti Les Républicains, a souligné aussi qu'une "mise en examen ne vaut pas condamnation". C'était pour mieux réserver ses flèches à Emmanuel Macron, jugeant "déplacé" le soutien affiché du chef de l'Etat.

"Peut-être que M. Richard Ferrand est tombé dans un piège", a réagi de son côté l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon, avant de pronostiquer, pour le regretter, que "M. Ferrand va être mis au pilori pendant plusieurs jours."

La mise en examen de Richard Ferrand est un coup dur pour la majorité, dont trois autres poids lourds, -François Bayrou, Marielle de Sarnez et la nouvelle commissaire européenne Sylvie Goulard- ont été entendus mardi et mercredi dans l'affaire des emplois présumés fictifs des assistants parlementaires MoDem.

En serrant pour l'heure les rangs autour de Richard Ferrand, député socialiste de 2012 à 2017, la macronie veut protéger l'un de ceux qui étaient là au tout début de l'aventure présidentielle d'Emmanuel Macron, et qui conserve un rôle de conseiller éminent.

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