Les danseurs de Découflé, nus sous leurs tatouages

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Le dos du danseur n'a rien d'une surface plane. Sa musculature fine, complexe, est un dessin à lui tout seul. Comment lui appliquer ce tatouage éphémère, façon décalcomanie? "C'est de l'alpinisme!", plaisante Tin-Tin, le plus célèbre des tatoueurs français, concentré sur sa tâche.

C'est au tour d'une danseuse à la peau de lait. Elle s'allonge sur le ventre. Comme son partenaire, elle va hériter d'une tête de démon japonais sur le dos. "Y'a la cambrure mais les dorsaux sont plus simples", souffle Tin-Tin, à genoux, en appliquant son dessin. Il asperge d'eau, tapote en partant de la colonne et fait glisser le calque. Tatouage en place.

Dans quelques jours, la compagnie de danse de Philippe Decouflé, chorégraphe-poète à jamais connu pour sa cérémonie d'ouverture des JO d'Albertville et sa danse contemporaine inventive, va investir le salon Mondial du tatouage, rendez-vous annuel de toute la profession et de ses aficionados à Paris.

Ils vont danser presque nus. En simple slip et recouverts de motifs colorés. Serpents, dragons et une multitude de fleurs. "Ça habille en fait", se réjouit Decouflé, qui accueille l'équipe de tatoueurs dans l'ancienne chaufferie en banlieue parisienne où vit sa compagnie, DCA. "Ici c'est mon laboratoire depuis longtemps, un peu coupé du monde", explique-t-il.

C'est le temps des essayages. Tin-Tin et Decouflé, complices, regardent les danseurs évoluer sur le plateau, pour déterminer quelle partie du corps doit être tatouée pour être vue, en fonction de la chorégraphie.

"On va en mettre le plus possible", suggère Tin-Tin, en jogging noir et T-shirt. "Mais on ne touche pas les mains, ça fera comme des gants".

"Ce serait bien que soit symétrique", glisse le chorégraphe, bonnet vissé sur son épaisse tignasse grise, tenue décontractée et chaussures de marche. "Des fleurs partout, de toutes les tailles", répond le tatoueur enthousiaste.

Au centre de la pièce cathédrale, le duo de danseurs raconte avec le corps une histoire d'amour et de jalousie. Les bras se tournent autour. Le couple se rapproche, s'éloigne, lutte en bélier, épaules contre épaules. Assis, leurs jambes se tendent et s'élèvent, s'entrelacent, entament un combat ludique orteils contre orteils. L'intimité d'une bagarre douce, amoureuse.

Decouflé, dont la fille travaille dans le salon parisien de Tin-Tin, a accepté tout de suite d'être le parrain du Mondial. "Je m'intéresse évidemment au corps. Et aux modifications possibles du corps". Et dans la compagnie, le "projet excite tout le monde".

"Le concept +vous arrivez en slip, je m'occupe des tatouages+ a plu immédiatement. Et on aime faire notre métier dans un cadre qui se renouvelle", confie-t-il à l'AFP. "Là on change de décor, de public, et on a potentiellement 30.000 spectateurs en trois jours, ça n'arrive jamais".

Tin-Tin dessine depuis plus d'un an pour ce rendez-vous. "Les éphémères, décalcomanie façon malabar, j'en faisais déjà depuis longtemps, pour les gamins". Les couleurs, le tracé fin restent en place plusieurs jours. "Sans frotter, ça peut rester une bonne semaine."

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