Marjan Sarec, un ancien comédien aux commandes de la Slovénie

Marjan Sarec, un ancien comédien aux commandes de la Slovénie
Marjan Sarec à l'Assemblée nationale slovène à Ljubljana, le 22 juin 2018Jure Makovec

Il y a encore dix ans, il faisait ses choux gras en se moquant de la classe politique slovène. Investi Premier ministre vendredi, l'indépendant pro-européen Marjan Sarec, un ancien comédien, va désormais devoir jouer les équilibristes à la tête d'une coalition minoritaire de centre-gauche.

Investi vendredi par le Parlement après onze semaines de tractations, cet élu local âgé de 40 ans devient le plus jeune dirigeant de l'histoire de ce petit État membre de la zone euro, qui avait déclaré son indépendance de l'ex-Yougoslavie en 1991.

"Je suis courageux et persévérant et je ne crains pas d'assumer la responsabilité de contribuer à l'amélioration de la situation de notre pays", a-t-il déclaré lors de son discours d'investiture devant les députés.

L'avènement de cet outsider de la politique slovène, qui avait déjà créé la sensation l'an passé en manquant de peu d'être élu à la présidence de la République, signe l'échec de l'ancien Premier ministre conservateur Jansez Jansa à réunir une majorité.

Arrivé en tête des législatives du 3 juin avec 25% des voix, ce dernier s'était coupé de plusieurs alliés potentiels en adoptant un discours clivant et xénophobe inspiré du Premier ministre national-conservateur Hongrois Viktor Orban, dont il est proche.

M. Sarec a souligné vendredi sa volonté d'améliorer la "sécurité" des frontières dans ce pays porte d'entrée dans la zone Schengen dans les Balkans, régulièrement traversé par des migrants cherchant à gagner l'ouest de l'Europe.

Il a par ailleurs réitéré son engagement à améliorer le système de santé, dont l'inefficacité était apparue en tête des préoccupations des Slovènes lors de la campagne, dans un contexte de croissance économique robuste (5% en 2017).

A rebours de certains autres dirigeants d'Europe centrale, il a également insisté sur son attachement à l'appartenance de la Slovénie à l'Union européenne et à l'Otan, "deux grandes réussites" pour le pays selon lui, et souligné la nécessité de maintenir son pays au sein du "noyau dur de l'UE".

- Exploitant agricole -

Arrivé deuxième du scrutin législatif avec 12,7% des voix seulement, le nouveau Premier ministre aux lunettes sages et aux costumes stricts a fait preuve d'une indéniable habileté politique en parvenant à réunir une majorité relative dans un Parlement éclaté.

"Il a mené de façon étonnamment efficace ses négociations de coalition, dans des circonstances pour le moins délicates", relève pour l'AFP le politologue Vlado Miheljak.

Le nouveau dirigeant est ainsi parvenu à fédérer, autour de son propre Parti Marjan Sarec, quatre autres formations, dont le Parti du centre moderne du Premier ministre sortant Miro Cerar, et le parti libéral de l'ancienne Première ministre Alenka Bratusek, réunissant 43 sièges sur 90.

Il s'est également assuré le soutien sans participation du parti de gauche Levika, qui dispose de neuf sièges au Parlement, privant ainsi l'opposition de la possibilité de le mettre en minorité.

Pour le politologue Vlado Miheljak, ce père de famille catholique, qui a remisé il y a huit ans son costume d'imitateur TV à succès pour cultiver une image d'exploitant agricole proche des réalités du terrain, a réussi à surfer sur la "particularité" de la société slovène, où "les électeurs vont à la messe, mais aiment voter pour le centre-gauche".

Élu depuis 2010 maire d'une petite ville des environs de Ljubljana, Kamnik, il s'est efforcé de s'y forger une réputation de "pragmatique" et de bon gestionnaire, loin des manœuvres d'appareil.

Le nouveau Premier ministre, qui se réfère volontiers au président français Emmanuel Macron, avec qui il dit partager "une orientation centriste pleine de bon sens", a néanmoins été accusé par ses opposants d'entretenir le "flou" sur ses convictions profondes.

"Il n'a pas de ligne politique nette. Mais il donne l'impression d'apprendre vite", note M. Miheljak.

Dans un régime parlementaire aux majorités souvent fragiles, l'ancien comédien devra toutefois démontrer des qualités d'équilibriste pour mener son mandat à son terme, estiment les analystes.

"Il risque en particulier d'avoir des difficultés à gérer les deux anciens Premier ministres Miro Cerar et Alenka Bratusek, qui n'ont pas hésité à faire preuve d'une certaine condescendance à son égard", estime M. Miheljak.

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