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Philippe Dalen, enfant de Barjac, "fusillé pour l'exemple" en 1916

Philippe Dalen, enfant de Barjac,
Jean Bourges, le neveu de Philippe Dalen, fusilllé en 1916, pose avec le certificat de décès de son oncle à Donzère, dans la Drôme, le 11 octobre 2018SYLVAIN THOMAS
histoire

Enfant d'une famille pauvre de Barjac (Gard), fusillé à 19 ans en 1916 dans la Somme pour "abandon de poste en présence de l'ennemi", Philippe Dalen a été effacé de la mémoire de sa famille et de sa commune pendant des décennies.

C'est l'archiviste de la petite cité Renaissance, Laurent Delauzun, qui part il y a 10 ans sur les traces de ce "gosse" au destin tragique en préparant une exposition sur les familles de la commune frappées par la Grande guerre. "J'ai vu la mention de son acte de décès sur les registres de l'état civil mais il n'était pas indiqué qu'il était mort pour la France et je ne le trouvais pas sur les deux monuments aux morts", explique à l'AFP ce passionné d'histoire de 53 ans.

Au fil de ses recherches, M. Delauzun découvre que Philippe Dalen, né le 21 décembre 1896 à Barjac, huitième des neuf enfants d'un berger, était allé jusqu'à Nîmes en janvier 1914 pour s'engager dans l'armée: n'ayant pas l'âge requis, il usurpe l'identité de son défunt frère ainé Léon. En 1915, il est condamné à deux ans de prison pour ce subterfuge mais finalement renvoyé sur le front.

Le 14 mai 1916, alors que sa compagnie sort de la tranchée sous le feu à Rosières (Somme), il disparaît et ne revient que le lendemain matin, affirmant ne se souvenir de rien.

A-t-il fui momentanément devant la boucherie ou souffert d'un traumatisme passager dû à la violence des combats? Une procédure militaire expéditive ne permet pas de le déterminer: le 26 mai 1916, un conseil de guerre le condamne à mort et à payer des "frais envers l'Etat" de 12 francs 25 centimes.

Dès le lendemain, le jeune homme de 19 ans est "passé par les armes" devant les troupes. Le soldat "non mort pour la France" est enterré dans une fosse commune de Rosières. Aucune photo de lui n'a été retrouvée. Son dossier militaire précise qu'il avait les cheveux châtains et les yeux bleus.

- "Tombés des nues" -

L'exécution de Philippe Dalen a lieu moins d'un an après le décès de son père, qui avait été blessé et fait prisonnier pendant la guerre de 1870. Rapidement, sa mère et ses frères et soeurs quittent Barjac, où les Dalen, parfois orthographiés Dalain, étaient présents depuis les années 1780.

"On peut imaginer que dans un village, à l'époque, une telle mort ait été jugée infamante", explique à l'AFP le maire communiste Édouard Chaulet, ancien professeur d'histoire.

La famille s'établit à 35 km , à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche), où Laurent Delauzun retrouve les coordonnées de certains descendants et les contacte il y a 10 ans.

"On est tombés des nues, je n'avais jamais entendu cette histoire, ça nous a touchés", témoigne auprès de l'AFP Jean-Marc Dalain, 60 ans, l'un des petits-neveux du fusillé.

"Notre Papé et ses fils - nos papas - ne nous en ont jamais parlé", assure Michèle Dalain, 65 ans, lors d'une réunion de sept des descendants du fusillé à Donzère (Drôme). "Je pense à mes enfants au même âge", dit-elle, à propos de son grand-oncle exécuté à 19 ans. "Emue", la sexagénaire "comprend mieux" désormais l'aversion prononcée de son grand-père Augustin pour les défilés militaires.

Seul Jean Bourges, 83 ans, fils d'Augustine, la soeur la plus jeune du Poilu exécuté a eu quelques bribes d'informations: "Ma mère me disait qu'il avait fini tristement sans le mériter".

Progressivement réintégré dans la mémoire familiale, Philippe Dalen sera également à l'occasion du centenaire de l'armistice le 11 novembre prochain inscrit sur les deux monuments des "morts pour la France" de Barjac, a annoncé à l'AFP M. Chaulet.

Et pas question d'attendre une éventuelle réhabilitation collective des centaines de fusillés pour l'exemple français de la Première guerre mondiale, "bloquée" depuis des années: "Je me fous et contrefous de ce que le ministre des Anciens combattants pourra penser".

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