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Policiers tués à Magnanville: le tueur ciblait plusieurs professions et personnalités

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La France a de nouveau été la cible d'une action "terroriste" après l'assassinat lundi soir d'un policier et de sa compagne près de Paris, acte revendiqué par Larossi Abballa et par le groupe terroriste 'Etat islamique'.

Larossi Abballa, qui a tué un commandant de police de 42 ans et sa compagne de 36 ans, secrétaire administrative au commissariat de Mantes-la-Jolie, lundi avant d'être abattu, attendait ses victimes derrière le portail de leur domicile à Magnanville (Yvelines) et avait préparé ses assassinats, selon le site Metronews. La famille est tombée dans un guet-apens. Le terroriste, qui semblait être au courant de l'emploi du temps de l'officier, s'est garé à 20 mètres de la maison de sa victime vers 20h. Il s'est caché jusqu'à ce que le policier rentre du travail vers 20h30 et l'a frappé de deux coups de couteau.

Le policier blessé a réussi à prendre la fuite. Il a vu un habitant du quartier et lui a demandé de prévenir les secours et de ne surtout pas rester là. Mais le terroriste l'a rattrapé dans la rue et l'a encore poignardé plusieurs fois avant d'entrer dans le domicile familial et d'être abattu par le Raid, détaille le site français. Dans la maison, les policiers ont découvert le corps de la compagne du policier, âgée de 36 ans et qui avait été égorgée. Ils ont aussi retrouvé le fils du couple, trois ans, choqué mais indemne.

"Ce qui est certain, c’est qu’il avait fait des repérages. Il connaissait forcément l’heure à laquelle le policier rentrait chez lui. Il est venu jusqu’au domicile et il a attendu qu’il rentre du travail, on est clairement dans un assassinat, prémédité", confie un policier à Metronews.


Qui était Larossi Abballa?

Le meurtrier, abattu dans une opération du Raid, était un homme de 25 ans du nom de Larossi Abballa, condamné en 2013 pour participation à une filière djihadiste entre la France et le Pakistan, a-t-on appris de sources concordantes. Originaire de Mantes-la-Jolie, il avait été jugé avec sept autres prévenus et condamné à trois ans de prison, dont six mois avec sursis.

Son nom était également apparu récemment dans une enquête sur une filière djihadiste syrienne, a-t-on appris mardi de sources proches de l'enquête. L'homme de 25 ans faisait l’objet de fiches "S" mais n’était pas placé sous surveillance rapprochée, précise Metronews.

La parquet antiterroriste a ouvert une enquête préliminaire, notamment pour assassinats terroristes sur personnes dépositaires de l'autorité publique et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste criminelle.

Quelques heures après l'attaque, l'agence Amaq liée au groupe djihadiste a affirmé qu'un "combattant de l'Etat islamique" (EI) avait tué le couple près de Paris. Selon des sources policières, Abballa "s'est revendiqué du groupe djihadiste" durant les négociations avec le Raid et des témoins ont rapporté aux enquêteurs qu'il aurait crié "Allah akbar".

Comment l'attaque a-t-elle été préparée? Quels liens avec la mouvance radicale? Y a-t-il eu des complicités ? Les enquêteurs tentent de reconstituer le drame qui s'est déroulé au domicile d'un policier et de sa compagne tués près de Paris par un homme de 25 ans se revendiquant du groupe Etat islamique (EI).


>- Est-ce une attaque inédite ?

Les enquêteurs font face à une attaque jihadiste inédite en France, visant des cibles individuelles à leur domicile.

Avant d'être abattu, l'assaillant, calme et souriant, s'est mis en scène dans une vidéo filmée en direct à l'intérieur de la maison, et diffusée sur Facebook. Dans la séquence, il appelle à attaquer plusieurs professions et personnalités publiques", rapporte le journaliste David Thomson, journaliste à RFI et auteur du livre "Les Français djihadistes". Une liste de cibles, mentionnant des personnalités ou des professions, a également été retrouvée au domicile de l'assaillant.

Puis, vient la revendication par le canal de l'agence Amaq liée au groupe jihadiste, affirmant qu'un "combattant de l'Etat islamique" a tué le couple près de Paris.

Le 24 novembre 2015, les organes de presse de l'EI avaient diffusé une vidéo, dans laquelle des combattants francophones de l'EI menaçaient les Français de nouvelles attaques contre leurs maisons, leurs écoles, dans les rues, hôpitaux et lieux publics.

>- Quels liens avec la sphère djihadiste ?

Larossi Abballa entretenait depuis plusieurs années des liens avec la mouvance radicale.

Originaire de Mantes-la-Jolie, le jeune homme de 25 ans, qui a lancé début 2016 son entreprise de livraison de sandwichs halal, est déjà connu des services antiterroristes: il avait été jugé avec sept autres prévenus et condamné en 2013 à trois ans de prison, dont six mois avec sursis, pour participation à une filière d'envoi de candidats au jihad vers le Pakistan.

Au moment de son arrestation en mai 2011 pour ses liens avec Mohamed Niaz Abdul Rassed, un ressortissant indien considéré comme l'inspirateur de la filière, les policiers retrouvent lors d'une perquisition au domicile de ses parents un agenda avec une liste de commissariats, de mosquées et de lieux touristiques dans son département des Yvelines. "Des cibles potentielles", souligne alors une source proche de l'enquête.

>- Quel suivi après sa condamnation de 2013 ?

Abballa a été libéré à l'issue de son procès en septembre 2013, ayant effectué l'intégralité de sa peine en détention provisoire. Son sursis était accompagné d'une mise à l'épreuve de deux ans qui s'est achevée le 30 novembre 2015. "Aucun incident n'a été relevé" pendant cette période, a noté le procureur de la République de Paris, François Molins, lors d'une conférence de presse.

Son nom réapparaît dans le cadre d'une information judiciaire, ouverte le 11 février 2016 et conduite par un magistrat antiterroriste, sur une filière de départs vers la Syrie.

Une trentaine de lignes téléphoniques sont alors mises sur écoutes, "dont plusieurs attribuées à Larossi Abballa", a relevé François Molins. Ces écoutes n'ont "pas permis à ce jour de déceler le moindre élément" sur "la préparation et un passage à l'acte violent", a-t-il ajouté.

Les évènements semblent s'être récemment accélérés.

Alors qu'il est retranché lundi soir au domicile de ses victimes, Abballa affirme aux policiers "avoir prêté allégeance trois semaines plus tôt au commandeur des croyants de l'Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi", a rapporté le procureur. L'assaillant, qui savait que sa victime était policier, a expliqué avoir répondu à un appel du chef de l'EI "demandant de +tuer des mécréants, chez eux, avec leur famille+", a ajouté François Molins.

>- A-t-il bénéficié de complicités ?

Les enquêteurs cherchent à déterminer si l'homme a pu bénéficier de complicités dans la préparation des deux meurtres. A ce stade, trois personnes, dans l'entourage du tueur, âgées de 27, 29 et 44 ans, ont été placées en garde à vue mardi. L'un des trois hommes figure également parmi les huit membres de la filière jihadiste, condamnés en 2013.

Aucune arme ni explosif n'a été retrouvé au domicile de l'assaillant.


"Nos collègues pensaient qu'ils étaient à l'abri chez eux"

Au commissariat des Mureaux, qui compte 150 fonctionnaires, le choc était visible. "Nos collègues pensaient qu'ils étaient à l'abri chez eux. Aujourd'hui, on est au bout du rouleau, on est tués. Les 140.000 policiers de France sont tristes, atterrés. Les policiers vont avoir peur", affirme le secrétaire général du syndicat Unité SGP Police FO, Yves Lefebvre.


"Des mesures ont déjà été prises pour la protection des policiers"

Les syndicats de policiers et des personnels administratifs de la police nationale seront reçus à 18h au ministère de l'Intérieur. Interrogé sur d'éventuelles mesures de sécurité supplémentaires, réclamées par la droite et certaines organisations professionnelles, le Premier ministre Manuel Valls a rappelé que "des mesures ont déjà été prises pour la protection des policiers". "Nous n'allons pas adopter à chaque fois une nouvelle mesure".


Le conseil français du culte musulman condamne "cet acte odieux"

Le Conseil français du culte musulman a condamné "avec la plus grande vigueur cet acte d'horreur, odieux et abject", appelant "les musulmans de France à profiter du mois sacré du Ramadan pour prier pour que la France vive dans la paix, l'unité et la sécurité".

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